Épisode 118 — Émilie et les pupilles royales en Angleterre au XIIème siècle
Comment fonctionne le système de pupilles royales dans l’Angleterre du XIIème siècle ?

Dans cet épisode 118 je reçois Émilie Margaix, qui étudie la gestion des enfants et des femmes par l’État au XIIème siècle. C’est le sujet auquel elle consacre sa thèse, intitulée « Le pouvoir et les héritages féminins : transmission, protection et contrôle dans les espaces normands et angevins, de la conquête normande à la Magna Carta ». D’abord dirigée par Martin Aurell, Émilie Margaix poursuit ses recherches sous la direction de Harmony Dewez, à l’Université de Poitiers.
Notez qu’à l’instar de l’épisode 117, consacré à Aliénor d’Aquitaine, cet épisode a été enregistré en public au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de Poitiers, lors d’une journée d’hommage au médiéviste Martin Aurell.
L’Angleterre du XIIème siècle
« C’est une époque avec beaucoup d’évènements fondateurs » — Émilie Margaix.
Émilie Margaix pose les limites temporelles de son sujet. D’un côté, l’année 1066 marque l’invasion de l’Angleterre par les Normands. De l’autre, la Magna Carta, également connue sous le nom de Grande Charte, a été signée en 1215 par le roi Jean sans Terre, fils cadet d’Aliénor d’Aquitaine et frère de Richard Cœur de Lion. Elle revient sur les grandes lignes de ce texte fondateur du droit nobiliaire anglais, mais aussi sur les différents évènements de cette période, outre-Manche.

Émilie Margaix énumère les différents rois qui se sont succédé pendant près d’un siècle. Elle en profite pour dresser la liste des évènements qui jalonnent cette époque foisonnante de l’histoire anglaise. Vous disposez ainsi d’une véritable frise chronologique détaillée.
Les pupilles royales et les gardes en Angleterre
« Les pupilles ne sont pas forcément de toutes jeunes femmes. On a des mamies ! » — Émilie Margaix
Pour bien comprendre le sujet, Émilie Margaix commence par définir le terme pupille et les principes juridiques qui s’y rapportent. Concrètement, le statut de pupille sert à protéger des personnes en état de faiblesse, souvent des enfants ou des femmes. Émilie Margaix partage plusieurs situations concrètes dans lesquelles une personne était considérée comme vulnérable au Moyen Âge. Elle cite notamment l’exemple de la comtesse Isabelle de Gloucester, première épouse du roi Jean sans Terre.
« La peur des marâtres et des beaux-pères est extrême [au Moyen Âge] ! » — Émilie Margaix
Émilie Margaix en profite pour expliquer la différence entre tutelle, pupille royale, et garde seigneuriale. Elle dresse un parallèle avec des systèmes similaires observés dans d’autres espaces géographiques. Comment devenait-on pupille du roi d’Angleterre ? Émilie Margaix vous explique tout ! Elle vous donne même des conseils fiscaux pour tirer le meilleur profit de vos pupilles au Moyen Âge. Comme d’habitude, vous entendez que l’argent est au centre du système, que les abus ne sont pas si rares, ou qu’il existe une différence entre les garçons et les filles.
Les avantages et les failles du système de garde anglais

Après vous avoir expliqué comment fonctionne le système des pupilles royales en Angleterre, Émilie Margaix s’étend davantage sur les stratégies matrimoniales employées par le roi et les seigneurs pour conserver la gestion des bénéfices de leurs pupilles. Et les astuces sont nombreuses !
« Une femme peut bouleverser la stratégie matrimoniale et l’équilibre politique. » — Émilie Margaix
Certaines pupilles pouvaient avoir plusieurs gardiens au cours de leur vie. Si la majorité des gardiens sont des hommes, des femmes pouvaient aussi jouir de la garde de pupilles. S’il est vrai que les pupilles féminines représentent bien souvent une manne financière pour qui en obtient la garde, Émilie Margaix tente de nuancer la question avec quelques cas concrets de femmes ayant retiré des avantages de ce système et de leur statut de pupilles royales. Elle s’attarde aussi sur les différentes sources qu’elle a consultées dans le cadre de ses recherches.
Les conseils de fin d’épisodes de l’invitée :
- Reconstitutions des chambres royales de la Forteresse royale de Chinon
- La série « La Couronne du Diable » (1981) disponible sur l’INA
Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :
Publications personnelles :
- Margaix E. (2022 janvier) Les « héritières » du Moyen Âge. L’Actualité Nouvelle Aquitaine. (disponible en ligne)
- Margaix, E. (2023). Paroles absentes et influences présentes : l’exemple des héritières nobles dans l’Angleterre du XIIe siècle. In François Brizay, Laurence Pradelle (dir.s) La Parole : outil humain, enjeu social, objet d’études ( p.-p.? ), PULIM.
Bibliographie sélective

- Lett D. (2025). Les enfants et la famille au Moyen Age : XIIe-XVe siècle. Tallandier.
- Madeline F. (2026). Les Plantagenêts. Que sais-je ?, Presses Universitaires de France.
- Menuge N. J. (2001). Medieval English wardship in romance and law. D. S. Brewer.
- Reyerson, K. L. (2018). Mother and Sons, Martha de Cabanis in medieval Montpellier. University of Pennsylvania Press.
- Santinelli E. (2003). Des Femmes éplorées ? Les veuves dans la société aristocratique du haut Moyen Age. Presses universitaires du Septentrion.
- Waugh S. L. (1988). The Lordship of England : royal wardships and marriages in English society and politics, 1217-1327, Princeton university press.
Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :
- Épisode 85 — Thibault et les veuves en Anjou
- Épisode 116 — Solène et la dot au Moyen Âge
- Épisode 117 — Paul et Aliénor d’Aquitaine la régente
- Tous les épisodes autour de l’Histoire des femmes
- Super Joute Royale, les rois du XIIème siècle
Merci Clément Nouguier pour le générique (version 2026 !) et à Alizée Rodriguez pour la rédaction de l’article qui accompagne cet épisode !