Les news du podcastPassion Médiévistes

Vivre au Moyen Âge

Quelle était la vie quotidienne des hommes et des femmes du Moyen Âge ?

Jusqu’au 28 septembre 2020 se tient au Musée de Cluny à Paris l’exposition Regards sur la vie quotidienne. Dans cette série d’épisodes « Vivre au Moyen Âge » nous explorons certains thèmes avec des commissaires de l’exposition pour en savoir plus.

Épisode 1 : Les jouets et jeux au Moyen Âge

Chevalier Plomb - étain 1360-1370 Trouvé dans le lit de la Seine à Paris Collections Arthur Forgeais, Victor Gay, don 1909 Cl. 17551
Chevalier, Plomb – étain, 1360-1370
Cl. 17551 © RMN-Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Hervé Lewandowski

Isabelle Bardiès-Fronty, conservatrice général du patrimoine au musée de Cluny, raconte dans cet épisode les jouets et jouets qu’utilisaient les personnes du Moyen Âge. De la petite enfance jusqu’au début de la vie adulte, beaucoup d’objets ont été conservés et témoignent des jeux des enfants. La collection ludique du musée de Cluny est principalement constituée d’un ensemble archéologique découvert par Arthur Forgeais (1822-1878) lors de dragages au niveau de l’île de la Cité. Jetés en ex-voto dans le fleuve aux côtés d’enseignes de pèlerinage ou profanes, ces objets appartiennent à la typologie de la dînette, également connue en terre cuite.

Les jeunes enfants jouent aussi à la guerre, on a retrouvé des armes miniatures, mais aussi des soldats de plomb qui est une invention médiévale (le plus ancien modèle est d’ailleurs conservé au musée de Cluny). Selon les classes sociales on pourra retrouver un même jeu, les osselets par exemple, peuvent être en plusieurs matières, de l’ivoire pour les plus prestigieux, jusqu’à l’os d’animal.

Au Moyen Âge, une grande variété de jeux pour adultes se développe. Ils sont les héritiers directs de jeux de l’Antiquité, tels la mérelle ou le trictrac, ou incarnent la nouveauté comme les échecs, venus d’Orient vers 1000, ou les cartes, inventées en Italie au XVème siècle. Les jeux de cartes, dont les origines ne sont pas très claires, sont très pratiquée à la fin du Moyen Âge, avec un gros développement notamment grâce à l’imprimerie qui permet de l’avoir dans sa poche et d’y jouer partout.

Épisode 2 : Les vêtements au Moyen Âge

Sainte Marguerite Peinture sur bois Pays-Bas ou France du Nord, vers 1500 Fonds Alexandre Du Sommerard, 1843 Cl. 864 b
Sainte Marguerite, peinture sur bois, Pays-Bas ou France du Nord, vers 1500, Fonds Alexandre Du Sommerard, 1843 Cl. 864 b

Béatrice de Chancel-Bardelot, conservatrice du patrimoine au musée de Cluny et chargée d’enseignement à l’école du Louvre, vous parle des vêtements et des différentes modes selon les siècles du Moyen Âge.

Détail du mois d'Avril du manuscrit "Les Très Riches Heures du duc de Berry" (XVe siècle)
Détail du mois d’Avril du manuscrit « Les Très Riches Heures du duc de Berry » (XVe siècle)

Au début du Moyen Âge, le vêtement, qui est principalement fait de lin ou de laine, reste encore très influencé par les formes antiques. La fourrure, employée en doublure, contribue au confort thermique, le lapin et le renard pour le plus commun, et la marthe et l’hermine pour les plus fortunés.

Aux XIème et XIIème siècles, l’importance des échanges commerciaux accroît la variété des matériaux disponibles : soies orientales, lin, laines produites dans toute l’Europe… Les métiers du vêtement prennent leur essor, l’iconographie témoigne déjà d’effets de mode. Les femmes peuvent revêtir plusieurs tuniques superposées, et à partir du XIIème siècle se propage la mode des manches amovibles qui peuvent aussi se superposer selon l’envie.

Durant le XIIIème siècle et la première moitié du XIVème siècle, le nombre de pièces de vêtement qui composent la garde-robe augmente, les coupes sont plus habiles et un soin plus important est apporté aux détails. Le vêtement long est souvent celui du noble, en général les personnes qui travaillent ont des vêtements plus courts. Dès le milieu du XIVème siècle, le costume masculin se raccourcit et devient beaucoup plus ajusté, pour mettre en valeur la carrure, et le pourpoint et la jaque remplacent la cotte (nous en avions parlé dans l’épisode sur la mode au Moyen Âge).

Les sous vêtements ne sont pas très communs au Moyen Âge, en tout cas pas aussi ajustés qu’à notre époque, on peut trouver de larges culottes, comme on peut le voir dans certaines enluminures ou peintures.

Pour en savoir plus sur le sujet le Musée de Cluny vous propose un parcours « Vêtement et couvre-chef au Moyen Âge ».

Épisode 3 : L’habitat et la maison au Moyen Âge

Jean-Christophe Ton That, chargé d’études documentaires principal et responsable du service de la documentation au Musée national du Moyen Âge, explique comment l’habitat et les maisons étaient organisées à l’époque médiévale. Il existe encore des ensembles architecturaux médiévaux en élévation qui permettent d’observer l’implantation de maisons, comme un ensemble du XIIème siècle à Cluny en Saône-et-Loire.

Carreau de pavement France 2e moitié du 15e siècle Terre cuite glaçurée Musée de Cluny, Cl. 21208 © RMN-Grand Palais (musée de Cluny - musée national du Moyen Âge) / Jean-Gilles Berizzi
Carreau de pavement France 2e moitié du 15e siècle Terre cuite glaçurée Musée de Cluny, Cl. 21208 © RMN-Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Jean-Gilles Berizzi

Au début du Moyen Âge, les villes englobaient des zones rurales dans leur enceinte. Et au fur et à mesure de la densification de la population, ces espaces sont lotis, les maisons finissent par se toucher et des rues s’organisent. Des activités insalubres ou dangereuses sont externalisées de l’enceinte, comme les tanneurs et les forgerons. Une politique de la ville se met aussi en place, et les villes finissent par atteindre plusieurs centaines d’hectares.

A cette époque, la maison représente ce que l’on veut donner à voir de soi, de son rang social et de sa connaissance de la mode. Les maisons peuvent comporter deux ou trois pièces, voir plus jusqu’à atteindre des dimensions gigantesques, comme on peut le voir au musée de Cluny par exemple. Les archéologues du bâti ont relevé la présence de beaucoup de couleurs sur les façades, et à l’intérieur des maisons des carreaux de pavement pouvaient décorer les maisons du sol au plafond.

Le niveau social se manifeste notamment dans la salle de parement dans les plus riches maisons. Dans les maisons plus modestes les pièces sont plus polyvalentes, et la pièce principale est celle de toutes les activités. Avoir une cuisine est d’ailleurs déjà un signe de confort, le plus souvent on cuisine dans l’espace à vivre, et certaines maisons peuvent avoir un cellier pour la nourriture.

La salle de bain n’existe pas en tant que telle dans les maisons au Moyen Âge, et pour les latrines apparaissent assez tôt au Moyen Âge dans les maisons mais de différentes façons. Elles sont souvent une source d’inconfort, et posent des problèmes de courants d’air et d’odeur. Dans les milieux aisés on a recourt à la chaise percée pour remplacer les latrines.

Pour ce qui concerne la chambre à coucher, les historiens pensent que le lit est souvent partagé au Moyen Âge entre les habitants d’un même foyer, les enfants dorment avec les parents, notamment pour lutter contre le froid. Dans la chambre de parement des maisons plus aisées le lit constitue un espace de réception, mais on n’y dort pas forcément. Dans les chambres on trouve presque systématiquement des coffres et coffrets destinés à préserver les biens précieux et les vêtements.

Épisode 4 : Les soins du corps au Moyen Âge

Peigne double décoré de scènes religieuses : Annonciation et Adoration des Mages Pays-Bas méridionaux ? 15e siècle Ivoire sculpté et peint Musée de Cluny, Cl. 400 © RMN-Grand Palais (musée de Cluny - musée national du Moyen Âge) / Jean-Gilles Berizzi
Peigne double décoré de scènes religieuses :
Annonciation et Adoration des Mages
15e siècle Ivoire sculpté et peint
Musée de Cluny, Cl. 400
© RMN-Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Jean-Gilles Berizzi

Béatrice de Chancel-Bardelot, conservatrice du patrimoine au musée de Cluny et chargée d’enseignement à l’école du Louvre, parle dans cet épisode des soins du corps au Moyen Âge et donne des exemples pour mieux comprendre la vision de l’hygiène des personnes au fil de cette époque.

Tenture de la Vie Seigneuriale : Le Bain Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge. CL2180.

Contrairement à ce qu’on croit, les personnes se lavaient assez fréquemment au Moyen Âge, en fonction de leurs moyens. Les sources indiquent que les nouveaux nés et enfants sont baignés une à deux fois par jour dans les milieux aisés, ce qui nécessitaient d’avoir des pièces chauffées en hiver. Dans les bains publics et étuves collectives, les hommes et femmes pouvaient se laver en chemise. L’hygiène pour les médiévaux passait aussi par une bonne alimentation, comme en atteste certains ouvrages qui nous sont parvenus.

L’Antiquité tardive et le Moyen Âge ont laissé de nombreux objets témoignant du souci des hommes et des femmes de l’époque d’embellir leur corps et d’en prendre soin. L’iconographie regorge de femmes au bain (principalement pour la fin du Moyen Âge). Les objets de toilette ou de parure sont très variés, tant dans leurs matériaux que dans leur fonction. Cette vitrine permet d’évoquer un petit florilège en rapport avec le soin ou l’ordonnancement de la chevelure, le parfum, le vêtement, ou les soins du visage et du corps.

Les produits pour les soins du corps au Moyen Âge étaient surtout fait à partir d’huiles végétales, mais aussi des produits d’origine animales comme le lait d’ânesse. Il existait déjà des savons venus d’Orient comme le savon d’Alep. Pour se coiffer beaucoup d’outils sont utilisés comme le peigne ou, moins connu, le gravoir, qui permettait de faire la raie de cheveux.

Merci à l’équipe du musée de Cluny pour leur collaboration, à Dineuh pour les illustrations et à Jonathan pour le générique.