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Épisode 120 – Gulsen et la Corée au Moyen Âge

À quoi ressemble la Corée au Moyen Age et quelles sont ses relations diplomatiques avec l’Empire mongol ? 

Explorez le Moyen Âge dans une toute nouvelle partie du monde avec Gulsen Kilci et découvrez ce sujet inédit dans l’épisode 120 de Passion Médiévistes, la Corée médiévale. La thèse de notre invitée s’intitule « Les relations interdynastiques entre le royaume du Koryo (918-1392) et l’empire des Yuan (1271-1368) au prisme des alliances matrimoniales : un nouvel ordre impérial en Asie Orientale ? ». Gulsen Kilci mène ses recherches sous la direction de Yannick Bruneton, à l’université Paris cité, et s’intéresse tout particulièrement aux relations diplomatiques du pays avec l’Empire mongol.

 

La Corée ou le royaume de Koryo 

« La Corée, se sont ces barbares de l’est. » — Gulsen Kilci.

Carte de la Corée médiévale par Gulsen Kilci
Carte de la Corée médiévale par Gulsen Kilci

Au Moyen Âge, la Corée est le résultat de la fusion de trois royaumes distincts, unifiés sous le nom de Koryo, et dont Gulsen Kilci définit les limites géographiques. Son système politique s’inspire du modèle chinois. Vous entendez d’ailleurs certains détails sur l’organisation du pouvoir coréen et de son gouvernement centralisé autour de la figure du roi. Pendant un siècle, la Corée a été secouée par une succession de coups d’état militaire, ponctués par des invasions de puissances extérieures.

« Pendant cent ans, les rois ne sont que des marionnettes soumises à un pouvoir militaire. » — Gulsen Kilci.

Il est possible de comparer la Corée médiévale aux puissances européennes de la même période, mais Gulsen Kilci reste prudente sur ce point et insiste sur la singularité du royaume du Koryo. Elle souligne que l’histoire coréenne, comme l’histoire chinoise, est divisée en cycles. Chaque cycle correspond à une dynastie, qui connaît un apogée et un déclin.

 

Les relations avec l’Empire mongol et les alliances matrimoniales

« Les relations entre l’Empire mongol et la Corée commencent réellement en 1218. » — Gulsen Kilci.

L’Empire mongol commence avec Gengis Khan, à la fin du XIIème siècle, dans les steppes de l’actuelle Mongolie. Gulsen Kilci parcourt avec vous le vaste territoire mongol et relate les grandes lignes de l’histoire de ce peuple jusqu’au XIVème siècle.

« Le Moyen Âge coréen n’est pas du tout vu comme une période sombre. » — Gulsen Kilci.

Portrait du couple Kongmin (恭愍, r. 1351-1374)-Noguk Taejang Kongju (魯國大長公主, de son nom Botasiri 寶塔實里, d. 1365), H. peinture 81,5 cm × L. peinture 65,4 cm, date inconnue, auteur inconnu (libre de droit). Conservée au Jongmyo (temple des ancêtre du Chosŏn), Numéro d’artefact : Jongmyo 13222, www.gogung.go.kr.
Portrait du couple Kongmin (恭愍, r. 1351-1374)-Noguk Taejang Kongju (魯國大長公主, de son nom Botasiri 寶塔實里, d. 1365), H. peinture 81,5 cm × L. peinture 65,4 cm, date inconnue, auteur inconnu (libre de droit). Conservée au Jongmyo (temple des ancêtre du Chosŏn), Numéro d’artefact : Jongmyo 13222, www.gogung.go.kr.

Avant de s’intéresser aux relations matrimoniales en tant que telles, Gulsen Kilci définit le terme d’élites. Elle les classe en différentes catégories, selon leur importance après le roi : d’abord les princes et les princesses, mais aussi les sujets méritants, sans oublier les traîtres.

Gulsen Kilci rappelle que les mariages sont des alliances stratégiques. À ce titre, la première demande en mariage coréenne à une princesse mongole date de 1269. Notre invitée vous dévoile les raisons politiques et les circonstances de ce premier épisode, dont le dénouement s’écrit cinq ans plus tard. La princesse en question est l’une des filles de l’empereur mongol Kubilai Khan, le petit-fils de Gengis Khan.

 

Les sources étudiées par Gulsen Kilci

La Corée du Sud a fait un travail de numérisation extrêmement impressionnant : tout est en ligne.” — Gulsen Kilci.

Gulsen Kilci avoue que très peu de sources de cette période nous sont parvenues : elle vous explique comment et pourquoi. Aussi, la plupart des informations sont consacrées davantage à l’aristocratie, avec de rares mentions du peuple. Elle ajoute également que ces sources sont limitées, centrées autour du roi et des élites qui gravitent autour de lui. Elle vous indique également que les récits sont biaisées et vous en donne les raisons.

“ Il faut lire ente les lignes.” — Gulsen Kilci.

Gulsen Kilci étudie les biographies de princesses impériales de l’Empire mongol, devenues reines de Corée par leur mariage avec des princes coréens. Elle vous raconte quelques anecdotes croustillantes, notamment sur sa princesse favorite. Pour ses recherches, elle se base sur les termes employés dans les documents qu’elle étudie. Elle cherche ainsi à définir la réalité est-asiatique propre à cette époque, plutôt que d’y calquer des concepts médiévaux européens ou même chinois.

Vase prunus en céladon à décor incrusté de nuages et de grues靑磁 象嵌雲鶴文 梅甁,XIIIe siècle, H. 42,1 cm × D. ouverture 6,2 cm × D. pied 17 cm, Kansong art museum, www.heritage.go.kr
Vase prunus en céladon à décor incrusté de nuages et de grues靑磁 象嵌雲鶴文 梅甁, XIIIe siècle, H. 42,1 cm × D. ouverture 6,2 cm × D. pied 17 cm, Kansong art museum, www.heritage.go.kr

Noms propres mentionnés pendant l’entretien et repères historiques :

– Les Trois Royaumes anciens de la Corée : Koguryŏ (37 av. notre ère- 668), Silla (57 av. notre ère – 935), Paekche (18 av. notre ère – 660).

– Empire mongol ᠶᠡᠬᠡ ᠮᠣᠩᠭᠣᠯ ᠤᠶᠯᠤᠰ: fondation en 1206. Fin des Yuan en 1368, fin de la Horde d’Or en 1502, fin de l’Ilkhanat vers 1335, fin du khanat de Chaghatai en 1334.

  • Chinggis Khan (1e empereur de l’empire mongol, r. 1206-1227)
  • Qubilai Khan (r.1259-1294), il a déplacé la capitale de l’empire de Karakorum à Khanbaliq (ou Dadu), c’est-à-dire l’actuel Pékin.
  • Fondateur du Koryŏ : T’aejo Wang Kŏn (太祖 王建 ; r. 918-943)

– La dynastie des Wang du Koryŏ (918-1392)

– Période de prise de pouvoir des militaires : 1170-1270

  • Qutlugh Kelmish (première princesse impériale mongole devenue reine du Koryŏ, d. 1297), fille cadette de Qubilai Khan. Elle fut mariée au roi coréen Ch’ungnyŏl (忠烈王 ; r. 1274-1308).
  • Botasiri (dernière princesse impériale mongole devenue reine du Koryŏ, d. 1365)

Fondateur du Chosŏn : T’aejo Yi Songgye (太祖 李成桂; r. 1392-1398)

– La dynastie des Yi du Chosŏn (1392-1910).

– Colonisation japonaise de la Corée : 1905-1945.

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

Sources primaires mentionnées 

  • Chŏng Inji 鄭麟趾et al., Koryŏsa 高麗史 [Histoire officielle du Koryŏ], 1451, 139 kwŏn. [Institut de recherche sur les documents en étude coréenne, Séoul, 1972].

    Illustration de l'épisode 120 sur la Corée au Moyen Âge par l'artiste din
    Illustration de l’épisode 120 sur la Corée au Moyen Âge par l’artiste din
  • Kim Chongsŏ 金宗瑞et al., Koryŏsa chŏryo 高麗史節要 [Abrégé de l’Histoire du Koryŏ], 1452, 35 kwŏn. [Institut de recherche des classiques coréens, Séoul, 2004].
  • Song Lian 宋濂 et al., Yuan shi 元史 [Histoire officielle des Yuan], 1369, 211 kwŏn. [Zhonghua shuju, Pékin, 1976].
  • Chosŏn Wangjo Sillok朝鮮王朝實錄 [Les Annales de règnes du Chosŏn] (http://sillok.history.go.kr).

Bibliographie complémentaire

  • Le rapport de l’envoyé des Song au Koryŏ : Jing, Xu, and Sem Vermeersch. A Chinese Traveler in Medieval Korea: Xu Jing’s Illustrated Account of the Xuanhe Embassy to Koryŏ. University of Hawai’i Press, 2016.
  • Favereau, Marie. « Les constructions ethno-administratives de l’empire mongol ». Ethno-géopolitique des empires, édité par Yann Lignereux et al., Presses universitaires de Rennes, 2021

Les publications de l’invitée :

Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :

Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :

Merci Clément Nouguier pour le générique et à Alizée Rodriguez pour la rédaction de l’article qui accompagne cet épisode !