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Super Joute Royale #2 Les rois du VIIème siècle

Vous pensiez que le VIème siècle était compliqué ? Attendez d’écouter cet épisode sur le VIIème siècle…

Classer les rois de France siècle par siècle, personne n’y avait pensé, et nous le faisons dans Super Joute Royale, le nouveau format de Passion Médiévistes. Dans l’épisode d’introduction, nous avons présenté le concept et discuté autour du concept de roi au Moyen Âge, et dans le premier épisode nous avons présenté les rois du VIème siècle, en commençant par Clovis.

Le contexte historique
Le royaume des Francs en 628
Le royaume des Francs en 628

Dans ce deuxième épisode, on vous parle du VIIème, une période assez divisée entre l’apogée de la royauté au début du siècle puis le long déclin des Mérovingiens. Ce siècle voit aussi les conséquences de la faide royale. Petit retour en arrière : en 558 le royaume de Clotaire Ier est divisé entre ses fils, mais la division crée des tensions entre Sigebert et Chilpéric. Ceux-ci épousent tous les deux des princesses wisigothes, mais Chilpéric fait assassiner sa femme Galswinthe au profit de sa concubine Frédégonde. Commence alors une guerre de vengeance menée par Brunehaut, qui mène le royaume dans 30 ans de ravage et de division, affaiblissant terriblement les Mérovingiens. La faide ne se termine qu’en 613, après une guerre entre les petit-fils de Sigebert, Théodebert II et Thierry II de laquelle profite le fils de Chilpéric, Clotaire II, pour reprendre le royaume affaibli et mettre à mort les descendants de son oncle et Brunehaut.

Le classement des rois du VIIème siècle
  • Clotaire II, « mauvais prof d’équitation »

Fils de Chilpéric Ier et de Frédégonde (dont on vous parlait dans l’épisode précédent), il règne à partir de 584. Il est à la base roi de Neustrie et finira par être roi des Francs. « Toute la première partie de son règne il se fait bolosser, il est très jeune, mais retournement majeur en 613, car il fait assassiner Brunehaut, et à la fin c’est lui qui gagne« . Cette mort est réputée comme très atroce (attachée par les cheveux à un cheval lancée au galop). « Une fois qu’il a gagné, il devient un bon politicien » : Clotaire assainit notamment les relations entre l’Église et la couronne par un édit rendu lors du concile de Paris en 614.

 

  • Lot de trois rois : Thibert II, Thierry II et Sigebert II, « ils obéissent à grand maman« 

Ces trois rois gouvernent sous la tutelle de leur grand-mère Brunehaut en Austrasie, et finalement il n’y a pas grand chose à dire sur eux. Thibert II et Thierry II réussiront quand même à s’embrouiller, et ce dernier finira par mourir en 613 de dysenterie.

Arbre généalogique des rois francs au VIIème siècle
Arbre généalogique des rois francs au VIIème siècle
  • Dagobert Ier « le goujat »

Fils de Clotaire II, qui le nomme vice-roi d’Austrasie à dix ans, Dagobert finira par récupérer tout le royaume franc à la mort de son père en 629. On connaît tous Dagobert grâce à la fameuse chanson qui lui est consacré, mais celle-ci date du XVIIIème siècle et est une attaque déguisée contre Louis XVI. Selon le chroniqueur du VIIIème Frédégaire il aimait trop les femmes : contrairement à son père il réintroduit la polygamie, mais dans un but politique, pour s’allier aux différentes factions aristocratiques (mais ne se comporte pas forcément bien avec elles). Parmi les bons « moves », il réussi à signer une paix perpétuelle avec Byzance.

Point contexte : les Bretons et les Basques ont déjà des volontés indépendantistes à l’époque, au VIIème siècle !

A sa mort en 639, son royaume divisé en deux et confié à ses très jeunes fils, et ce seront les Maires du Palais qui vont prendre effectivement le pouvoir (et ce sera le début des « rois enfants« ).

 

  • Clovis II, « un règne qui sert à rien »

Il fut placé à quatre ans à la tête des royaumes de Neustrie et de Bourgogne par son père Dagobert Ier. Clovis II épouse Bathilde, une servante saxonne (réputée esclave) et selon Frédégaire, elle a forte influence sur son mari, elle l’amène à adopter une politique ferme, et elle exercera la régence lors des règnes de ses fils lorsque Clovis II meurt à 22 ans. Et nouveauté, il sera un des premiers rois à avoir été appelé « roi fainéant » par la « propagande carolingienne« .

Pour quelqu’un qui n’a rien fait, avoir une légende aussi vénère sur lui… moi je retire 30 points ! (Ilan)

 

  • Sigebert III, celui qui donne sa chance aux ancêtres des Carolingiens

Autre fils de Dagobert Ier, il régna à partir de trois ans sur l’Austrasie de 639 à 656. Il est le premier à nommer comme maire du palais (une sorte de premier ministre) Pépin de Landen, un ancêtre de Charlemagne et de la dynastie des Carolingiens. Il a une épouse dont le nom a une orthographe variable : Chimnéchilde/Imnéchilde/Himnéchichilde/Himnilde… Et ce mariage ne sera pas fructueux en héritier, donc il devra adopter un successeur.

C’est tellement le bordel qu’on arrive même pas à savoir si son fils est son fils. (Ilan)

 

Les trois débateurs de cet épisode : Justine, Ilan et Guillaume
Les trois débateurs de cet épisode : Justine, Ilan et Guillaume
  • Childebert III « l’Adopté« 

Les textes ne sont pas très clairs sur son origine : on l’appelle l’adopté parce que les historiens ont cru pendant longtemps que c’était le fils de Grimoald, un maire du palais du roi Sigebert III, mais les interprétations les plus récentes pensent que c’est l’inverse. Il fut roi des Francs d’Austrasie de 656-662, et finalement déposé en 662 au profit de Childeric II,  fils de Clovis II et Bathilde (et il meurt à douze ans).

Ça commencait à peiner à trouver des gens de qualité pour régner. (Guillaume)

 

  • Clotaire III le poli

Fils de Clovis II, il monte sur le trône de Neustrie et de Bourgogne à cinq ans (oui encore) et cela permet à sa mère Bathilde d’exercer le pouvoir et de mener des réformes monastiques. Puis la régence sera exercée par Ebroïn, maire du palais, qui a une réputation de « bourrin » (selon Ilan). Il meurt à 20 ans et sans héritier, et gagne ainsi des points de « politesse généalogique » (expression inventée pour ce podcast).

 

  • Childéric II, « ça fait longtemps qu’y a pas quelqu’un qui a fait quelque chose de sa vie »

Fils de Clovis II et de Bathilde, il règne sur l’Austrasie de 662 à 673, puis il profite de la déposition de son « cousin » (Childebert III) et de son frère Thierry III pour réunir toutes les couronnes franques. Il épouse sa cousine germaine Bilichilde (fille de Sigebert et Chimnichilde) et prend pour conseiller l’évêque Léger d’Autun. Mais ce dernier désapprouve le mariage, alors Childéric II l’enferme au monastère de Luxueil. Il meurt à la chasse avec son épouse enceinte, et ce serait une cabale organisée par plusieurs seigneurs francs, dont Bodilon, qu’il avait fait battre publiquement.

 

  • Thierry III, tourmenté par les maires des palais
Denier d'Ebroïn au nom du monétaire Rodemarus, frappé à Paris. BNF, monnaies, médailles et antiques. Avers : Buste à droite. Revers : Monogramme d'Ebroïn
Denier d’Ebroïn au nom du monétaire Rodemarus, frappé à Paris. BNF, monnaies, médailles et antiques. Avers : Buste à droite. Revers : Monogramme d’Ebroïn

Dernier fils de Clovis II, il sera roi de Neustrie et de Bourgogne (673 puis 675-679) et roi des Francs (679-691). C’est un roi faible, il est imposé en 673 par Ebroïn (maire du palais de Neustrie) sur le trône. Puis Thierry III subit une révolte nobiliaire qui le chasse du pouvoir pour mettre à sa place son frère, Childéric II qui réunit tout le royaume. Mais il est rappelé après la mort de Childéric en 675 et fuit avec Leudesius, le nouveau maire du Palais de Neustrie quand Ebroïn lève une armée pour récupérer son statut d’ancien maire du palais. Leudesius se fait finalement assassiner et Ebroïn récupère ses pouvoirs en 678.

Une révolte en Austrasie en 679 menée par Pépin de Herstal (père de Charles Martel) est matée par Thierry III et Ebroïn,  mais ce dernier est assassiné en 680, et donc Pépin de Herstal impose en Neustrie successivement plusieurs de ses proches comme maires du palais. Thierry III tente de se révolter avec le maire du palais de Neustrie Berchaire (gendre de Pépin), mais Berchaire est tué et le roi perd tout pouvoir de décision et meurt en 691.

  

  • Clovis III, « un pelé de trois ans trouvé dans un monastère« 

Ebroïn le met sur le trône en 675 à trois ans, « c’est un pelé trouvé dans un monastère, on ne sait même pas s’il est vraiment mérovingien, il est présenté comme le fils de Chilpéric mais on n’a aucune preuve de ça« . Il reste mois d’un an sur le trône parce que personne le soutient, puis il est finalement déposé.

 

  • Dagobert II, envoyé en exil

Fils légitime de Sigebert III (et donc petit-fils de Dagobert Ier si vous avez bien suivi), il ne règne que quelques années mais il est envoyé en exil en Irlande par le maire du palais.

 

  • Clovis IV, « y a rien à dire »

Fils de Thierry III, il règne de 691 à 694, et comme le dit Justine, « il est dans la droite lignée de tous les Mérovingiens de cette période ».Il règne pas longtemps,  il est jeune, il meurt rapidement, et il est sous la tutelle de Pépin de Herstal, toujours maître du palais.

 

Les résultats finaux
Saint Amand à la cour de Dagobert. Bibliothèque municipale de Valenciennes
Saint Amand à la cour de Dagobert. Bibliothèque municipale de Valenciennes

1er : Dagobert Ier (en même temps c’est pas difficile d’être premier quand on voit la concurrence sur ce siècle), bon en affaires étrangères et en gestion du royaume

2ème : Clotaire II, malgré un début de règne compliqué il s’en sort pas mal, malgré le supplice de Brunehaut…

3ème : Childéric II, qui a le mérite d’avoir juste agi

Et le prix du public, des auditeurs, est remis à Clotaire II !

 

Pour aller plus loin voici des ouvrages conseillés par nos invités :
  • RICHÉ Pierre, Dictionnaire des Francs : les temps Mérovingiens, Bartillat, 1996
  • The New Cambridge Medieval History I : c.500-c.700, Paul Fouracre (ed.), 2005
  • Le Jan, Régine. « La sacralité de la royauté mérovingienne », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 58e année, no. 6, 2003, pp. 1217-1241.
  • Le Jan, Régine (dir.), Femmes, pouvoir et société dans le haut Moyen Age. Picard, 2001
  • Santinelli, Emmanuelle. « Les reines mérovingiennes ont-elles une politique territoriale ? », Revue du Nord, vol. 351, no. 3, 2003, pp. 631-653.
  • Le Jan Régine, Les Mérovingiens. Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2015

Retrouvez Justine dans l’épisode sur la reine Gerberge, Guillaume dans celui sur les tournois de chevalerie et Ilan sur les réseaux politiques des Carolingiens.

Merci beaucoup à Simon Vandendyck pour son très beau générique pour Super Joute Royale !