Épisode 32 – Amber et les Étrusques (Passion Antiquités)
Découvrez les Étrusques, une civilisation qui fascine et qui passionne !

Dans cet épisode 32 de Passion Antiquités, j’ai le plaisir de recevoir la chercheuse Amber Goyon, docteure depuis fin 2025 en géoarchéologie à l’Université Lyon 2. Elle a soutenu une thèse (consultable en ligne) sur le sujet “Reconstruire l’interface entre terre et mer de la cité étrusque de Populonia (Toscane, Italie) au Ier millénaire av. J.-C. : Étude géoarchéologique par les archives historiques et paléoenvironnementales”. Ces recherches étaient sous la direction de Yanni Gunnell et de Gilles Van Heems, ainsi que Jean-Philippe Goiran.
Nous vous proposons un épisode d’introduction sur les Étrusques à partir des recherches de mon invitée sur une une cité étrusque en Italie nommée Populonia et sur la question des ports durant l’Antiquité.
Les Étrusques
Développés au Ier millénaire avant notre ère, à peu près entre -800 et -200, à peu près entre -800 et -200, la civilisation étrusque se retrouve principalement en Toscane en Italie, mais aussi vers la mer Adriatique et au sud jusqu’à la Campanie. Elle est particulièrement connue dans l’imaginaire pour avoir été riche du point de vue économique, intellectuel et religieux.

Leur développement s’explique en partie par les richesses du territoire où ils étaient implantés, permettant d’avoir des ressources agricoles (blé, vigne, huile d’olives…) et minières car, dans une région avec beaucoup de montagnes et de collines (avec du fer, étain, cuivre), comme pour le site de Populonia (cf ci-dessous). Ces minerais leur permettaient par exemple de fabriquer des armes ou encore de battre de la monnaie et créer de la richesse.
Connue comme une thalassocratie, la civilisation étrusque exerçait son pouvoir par une domination des mers, les Étrusques étaient connus comme de bons navigateurs. On retrouve donc des mentions de ports et un développement du commerce avec les différentes civilisations aux alentours, comme les Grecs, les Gaulois, les Romains ou encore les Carthaginois.
Leur essor se fait en parallèle à celui des Romains qui sont leurs plus proches voisins en Italie, avec des échanges puis une intégration progressive des Étrusques. On retrouve par exemple des éléments religieux dans la religion romaine qui proviennent des Étrusques. Néanmoins, cette civilisation n’a pas laissé beaucoup de vestiges. Les sites étrusques ont été malheureusement beaucoup pillés à partir de la Renaissance, époque d’un attrait pour l’art étrusque. Ces pillages ont fait perdre beaucoup d’informations archéologiques.

Dans l’épisode, Amber Goyon vous parle aussi de leur réseau de 12 citées, de leur religion, de leur écriture, etc.
Étudier la cité étrusque de Populonia
La cité étrusque de Populonia étudiée par Amber Goyon est l’un des centres majeurs de la métallurgie au Ier millénaire avant notre ère. Seule cité en position littorale, elle est notamment décrite dans les textes comme un pôle d’échange principal au cœur de la mer Tyrrhénienne. On sait notamment que c’est à Populonia que les monnaies étrusques vont commencer à être battues. Particularité de cette cité, elle est à fois lieu de vie et d’habitation et un port et lieu économique.
Sa renommée est liée aux minerais de l’île d’Elbe et des collines métallifères qu’elle exploite, en particulier le cuivre et le fer et qu’elle traite afin d’exporter des produits semi-finis et finis. Cette industrie connaît un véritable essor à la fin de la période étrusque, changeant le paysage pour les siècles à venir.
Ainsi, les déchets de la métallurgie restent in situ et s’étendent encore sur plusieurs mètres d’épaisseur dans les quartiers portuaires et artisanaux lorsque les premiers inventeurs du site redécouvrent Populonia. La quantité de scories est si importante qu’elles sont réutilisées au début du XXème siècle par les usines toscanes.
Une telle activité industrielle, couplée à un commerce portuaire, n’a pu qu’avoir un impact significatif sur l’environnement, mais les recherches archéologiques n’ont pas encore permis pour autant de retrouver les traces portuaires et commerciales associées.
Les carottages pour étudier les ports étrusques
Amber Goyon vous raconte dans l’épisode que les ports étrusques n’ayant pas pu être localisés par l’archéologie, les chercheurs et chercheuses ont du trouver d’autres moyens pour les étudier. La géoarchéologie permet donc d’essayer de retrouver ces ports via des méthodes liées à l’environnement, en se concentrant sur l’évolution du paysage à travers le temps en récoltant des indices.
Elle vous explique la méthode du des carottages, en utilisant de grands cylindres que l’on va planter dans le sol pour en récupérer des extraits (cf photo ci-dessous et ci-contre).

Au cours de ses recherches, quatre carottages ont pu être extraits dans deux zones différentes (deux dans le golfe de Baratti et deux dans la plaine de Piombino). Ceux-ci offrent des informations complémentaires pour comprendre comment pouvait être le paysage, où se situaient les zones d’influence anthropique et où mener de futures recherches, qu’elles soient archéologiques ou paléoenvironnementales. Une étude géoarchéologique multi-indicateurs a été réalisée sur chaque carotte : sédimentologie, géochimie, étude des bio-marqueurs, datations au radiocarbone.
D’un point de vue anthropique, les périodes étrusques sont complexes à appréhender par les carottages. Dans la lagune de Piombino, l’évolution chronologique est difficile à tracer et étudier en raison d’inversion stratigraphique entre 1000 av. et 1000 ap. J.-C. Cela pourrait résulter de variations paléoenvironnementales ou de gestion humaine de la lagune, sous la forme de creusement et de remplissage. Sur le golfe de Baratti, malgré la proximité directe des carottages avec les sites archéologiques, il n’est pas possible de lier implantation humaine et dynamiques littorales.
Ces résultats permettent d’initier de futurs projets de recherche portant sur les modèles de reconstruction du niveau marin durant l’Holocène, et en particulier à l’époque étrusque, et sur l’anthropisation et ses traces dans le paysage littoral de Toscane.
Pour en savoir plus, nous vous conseillons de consulter :
- Documentaire : Les Étrusques, une civilisation mystérieuse de Méditerranée (Arte, disponible jusqu’au 07/02/2027)
- Émission de radio : Le plomb et l’argent : des Guerres Puniques à l’éruption volcanique de Lombok – Sur les épaules de Darwin (France Inter, juin 2018)
- La thèse de Amber Goyon disponible en ligne

Ouvrages généraux :
- Dominique Briquel, Les Etrusques, Que sais-je, Presses Universitaires de France, 2024.
- Marie-Laurence Haack, A la découverte des étrusques, Editions la Découverte, 2023.
Marie-Laurence Haack (dir), La construction de l’étruscologie au début du XXe siècle, Ausonius Editions, 2015 (lien openeditions https://books.openedition.org/ausonius/5448) - Jean-Paul Thuillier et Wolfgang Decker, Le sport dans l’Antiquité : Egypte, Grèce, Etrurie et Rome, Errance et Picard, 2024.
- A paraître (septembre 2026) : Les Étrusques et l’Italie préromaine De Tarchon à Auguste (XIIe siècle av. J.-C.-Ier siècle apr. J.-C.), collections Mondes Anciens, Belin, 2026
- Jean-Philippe Goiran, Yves Bière et Quentin Vitale (15 septembre 2017). Où sont les mystérieux ports étrusques ? https://doi.org/10.58079/bcwg
- Amber Goyon, A la recherche du port étrusque de Populonia https://archeorient.
hypotheses.org/39830 - Jean-Philippe Goiran et Gilles Brocard (5 mai 2023). La remontée du niveau marin en Méditerranée : de la côte provençale au littoral tyrrhénien. ArchéOrient – Le Blog. https://doi.org/10.58079/bd33
Gilles Brocard, Cécile Vittori et Marco Leporatti-Persiano (16 avril 2021). Co-évolution d’une ville et de sa lagune : avancées du projet IMU-Orbetello. https://doi.org/10.58079/bd0q - Jean-Philippe Goiran, Gilles Brocard et Cécile Vittori (10 juin 2023). Archéorient et l’Oasi-WWF : aux frontières de l’imagerie acoustique. https://doi.org/10.58079/bd38
Gilles Brocard, Alessandro Conforti et Jean-Philippe Goiran (2 décembre 2022). HISOPE : Archéorient en campagne océanographique le long des rives étrusques https://doi.org/10.58079/bd2j
Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :
Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :
- Épisode 20 – Euan et les offrandes dans l’Italie préromaine
- Rencontres #7 – Baptiste et l’archéoscience
- Épisode 21 – Charlotte et les domus de Bibracte
- Épisode 14 : Axelle et les cultes gentilices
- Épisode 18 : Mathilde et Apollon
Merci Clément Nouguier pour le générique et à Baptiste Mossiere pour le montage de cet épisode !