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Super Joute Royale #4 Les rois du IXème siècle

On finit le règne de Charlemagne et vous reprendriez bien quelques rois Carolingiens !

Classer les rois de France siècle par siècle, personne n’y avait pensé, et nous le faisons dans Super Joute Royale, le nouveau format de Passion Médiévistes. Dans l’épisode d’introduction, nous avons présenté le concept et discuté autour du concept de roi au Moyen Âge, et dans le premier épisode nous avons présenté les rois du VIème siècle, en commençant par Clovis.

Le contexte historique du IXème siècle : à la fois naissance et déclin de l’empire Carolingien

L’empire carolingien naît avec le siècle parce que Charlemagne est nommé empereur en 800, et ensuite on considère la fin de son règne et celui de son fils comme une période d’apogée pour l’empire.

Mais à partir du milieu du IXème siècle la situation se complique, avec des guerres civiles entre les fils de Louis le Pieux, des attaques venues de l’extérieur avec des incursions « vikings » depuis le nord qui déstabilisent l’empire, et une régionalisation de l’aristocratie. On aboutit à un morcellement du territoire et à l’émergence de nouveaux royaumes qui ne seront pas dirigés par les Carolingiens.

Couronnement de Charlemagne. Enluminure de Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, Paris, BnF, ms. Français 6 465, vers 1460. Les costumes des personnages reflètent la mode du milieu du XVe siècle.
Couronnement de Charlemagne. Enluminure de Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, Paris, BnF, ms. Français 6 465, vers 1460.
Les costumes des personnages reflètent la mode du milieu du XVe siècle.
Le classement des rois du IXème siècle
  • Charlemagne (à partir de 800), « l’administrateur très doué »

Après son couronnement le 25 décembre 800 par le Pape Léon III, Charlemagne est empereur jusqu’en 814. Après la mort de la reine Liutgarde en 800, il ne se remarie pas et a seulement des concubines. Entre 800 et 814, ce sont ses filles aînées qui jouent collectivement le rôle traditionnellement dévolu à la reine, dans la représentation du pouvoir et dans le conseil dû à l’empereur. Charlemagne ne veut pas marier ses filles pour éviter qu’elles ne transmettent le sang royal mais deux au moins ont des amants et des enfants.

En 813, il fait tenir quatre conciles qui organisent l’empire:

  • Concile de Tours : les homélies ne seront plus prononcées en latin mais en langue locale, en parlers romans et en parlers germaniques, proclame la période entre Noël et l’Épiphanie (période de venue du messie et reconnaissance par les mages) était festive et sacrée
  • Concile de Mayence: création d’écoles rurales, interdiction de mariages consanguins entre cousins germains et établis des fêtes d’obligation, à savoir un calendrier précis de fêtes religieuses, notamment l’Assomption de Marie.
  • Concile d’Arles : gère les problèmes dogmatiques et de disciplines ecclésiastiques.
  • Concile de Chalon : prononce l’équivalence des pèlerinages de Tours et de Rome et condamne la croyance que le pèlerinage de Jérusalem lave tous les péchés

🔴 Point « France Gall chante que Charlemagne a inventé l’école » : lors de son règne Charlemagne a initié des réformes de l’école en la rendant plus accessibles, mais ce serait très éxagéré de dire qu’il a inventé l’école (tout simplement parce qu’elle existait avant lui).

Arbre généalogique des Carolingiens au IXème siècle
Arbre généalogique des Carolingiens au IXème siècle
  • Louis Ier “le pieux”, « celui qui a vraiment très mal géré sa succession »

Roi d’Aquitaine depuis 781, Louis succède à son père Charlemagne sur le trône de l’empire en 814. A son avènement, il effectue un nettoyage du Palais d’Aix la Chapelle: il change de conseillers, met en place ses propres hommes et chasse ses soeurs du palais. Dès 817, il met en place sa succession en ordre entre ses trois fils : Lothaire (régent, héritier impérial et roi d’Italie du Nord), Louis (Bavière) et Pépin (Aquitaine, mais qui va mourir).

Quelques années plus tard, son épouse Ermengarde meurt, et il se remarie avec Judith de Bavière, qui lui donne notamment un fils, Charles. Cette naissance provoquera des tensions et des révoltes de ses fils car un nouveau découpage des terres est nécessaire, et des rivalités éclatent entre Judith de Bavière et Lothaire, le fils aîné du premier mariage. Louis l’empereur meurt finalement en préparant une campagne en 840.

  • Charles II “le chauve”, « un très mauvais papa »
La séparation de l'empire lors du traité de Verdun en 843
La séparation de l’empire lors du traité de Verdun en 843

A la mort de Louis le Pieux, l’empire est partagé en trois, et après des tensions et des batailles ses fils finissent par se mettre d’accord avec le traité de Verdun en 843. A cette date et jusqu’en 877, Charles II sera roi de France Occidentale.

Lors de son règne, Charles va devoir faire face à plusieurs adversaires, notamment avec la Bretagne et les Normands (dits aussi les « Vikings ») qui remontent la Seine jusqu’à Paris (et mettent la ville à sac en 861).

A la fin de sa vie, Charles le Chauve, en récupérant des terres de quelques uns de ses neveux morts sans descendance (des accidents généalogiques), parvient à se faire couronner empereur. C’est d’ailleurs lors de cet événement qu’il gagnera son surnom de « chauve », car pour prouver sa piété il se fera une tonsure.

A noter qu’un de ses fils, Carloman, se révoltera contre lui, et que pour le punir Charles l’aveuglera, ce qu’acceptera très bien l’aristocratie du royaume.

  • Louis II “le bègue”, alias « le Mérovingien » selon Guillaume

Fils de Charles le Chauve, Louis II sera roi de France Occidentale de 877 à 879. Né à Louviers en 856, il se marie en 862 à Ansgarde de Bourgogne (qu’il aurait enlevé dans une abbaye) et a cinq enfants avec elle : Louis III et Carloman II (cf ci-dessous), Gisèle, Hildegarde et Ermentrude.

A son avènement, il prête serment et jure aux ecclésiastiques de respecter leurs règles et aux aristocrates de ne rien changer, ce qui fonde une “royauté contractuelle”, qui suppose le gouvernement avec les grands. Avec Louis de Saxe, il signe un accord confirmant la séparation de la Lotharingie en deux, renforçant ainsi son pouvoir.

Louis II le Begue
Louis II le Begue

Lors d’un deuxième mariage, il a un troisième fils, Charles le simple, provoquant encore une fois des complexités dynastiques… A la mort de Louis, un roi non carolingien se fait élire en Provence, un certain Boson de Provence, provoquant un morcellement de l’idée d’Empire.

  • Louis III, champion de la mort con (mais que c’est bien fait pour lui)

Louis III sera un des rares à réussir à repousser les Normands, à Saucourt-en-Vimeu (Ochancourt, Picardie) en 881. L’événement est tel qu’il donne lieu à une chanson, le Ludwigslied, « la chanson de Louis », qui se transmettra jusqu’en Scandinavie. Roi  de Francie Occidentale de 879 à 882, son couronnement sera en association avec son frère cadet Carloman II. Le partage de l’empire n’est par contre pas équitable.

Il meurt à 18 ans en se fracassant la tête sur un linteau de porte en entrant à cheval dans une maison alors qu’il pourchassait jeune demoiselle (et qu’il en avait apparemment après son pucelage).

  • Carloman II, « mort piqué »

Carloman II est roi en même temps que son frère (cf ci-dessus) de Francie Occidentale de 879 à 882, puis seul après la mort de son frère jusqu’en 884. Par contre à l’inverse de son frère, il n’arrive pas à vaincre les Normands dans la Somme et se voit obligé en 884 de leur verser un énorme tribut, financé par les biens d’Église. Et encore en 884, il se prend un coup de pique par un de ses vassaux lors d’une chasse au sanglier, la blessure s’infecte et il meurt à 17 ans (mais ce n’est pas considéré comme un assassinat).

« Carloman initie une longue tradition d’hommes qui vont mourir au Xème siècle notamment en forêt pendant une chasse ». (Justine)

  • Charles III “le gros”

Par manque d’héritiers directs des fils de Charles II le Chauve, le trône de Francie Occidentale arrive entre les mains de la branche germanique de la famille, avec Charles III (le

Couronnement du roi Eudes. Enluminure ornant les Grandes Chroniques de France, XIIIe siècle.
Couronnement du roi Eudes. Enluminure ornant les Grandes Chroniques de France, XIIIe siècle.

cousin), parce que le futur Charles III (un autre) est encore trop jeune pour régner. Depuis 876 il régnait en Germanie, était empereur depuis 881, et il règne en Francie de 884 à 887. Il sera d’ailleurs le dernier carolingien à réunir l’ensemble de la Francie. Mais chaque royaume continue à faire sa vie, on n’observe pas de fusion des institutions ni même de coopération contre les Normands, et à Paris, ce sont le comte Eudes et l’évêque qui organisent la défense de la ville.

Mais Charles est malade, selon une légende il aurait même essayé de se faire trépaner, et il meurt en 887. Pour lui succéder on choisit d’autres rois partout dans l’Empire, les grands de Neustrie montent en puissance et choisissent Eudes (cf ci-dessous).

  • Eudes, le Capétien avant l’heure

En Francie Occidentale les Carolingiens se font très rares, et en attendant que le futur Charles le simple arrive à la majorité, les grands du royaume choisissent Eudes comme roi, et il règnera de 888 à 898. Et à partir de 893 Charles III finit par réussir assez de partisans pour se faire sacrer, donc conflit, et finalement ils parviennent à un accord : à la mort de Eudes son royaume ira à Charles.

Pour aller plus loin voici des ouvrages conseillés par nos invités :
  • Bührer-Thierry, Geneviève, Mériaux, Charles, La France avant la France, 481-888, Belin, 2010, réed. 2014
  • Riché, Pierre, Dictionnaire des Francs : les Carolingiens, Bartillat, 1997
  • Favier, Jean, Charlemagne, Fayard, Paris 1999
  • McKitterick, Rosamond, Charlemagne, the Formation of a European Identity, CUP, Cambridge, 2008
  • Nelson, Janet L., Canal, Denis-Armand (trad), Charles le Chauve, édition française, Aubier, Londres, 1994
  • Folz, Robert, Le couronnement impérial de Charlemagne, Gallimard, 1964, réed. 2008
  • Riché, Pierre, Les Carolingiens, une famille qui fit l’Europe, Paris, Hachette, 1983

Retrouvez Justine dans l’épisode sur la reine Gerberge, Guillaume dans celui sur les tournois de chevalerie et Ilan sur les réseaux politiques des Carolingiens.

Merci beaucoup à Simon Vandendyck pour son très beau générique pour Super Joute Royale !