Épisode 48 – Carla et les collectionneuses au XVIIIème siècle (Passion Modernistes)
Qui sont les collectionneuses au XVIIIème siècle et comment font-elles collection d’art ?

Dans cet épisode de Passion Modernistes, je vous propose un sujet qui est un peu dans la continuité du dernier hors-série produit en partenariat avec le Musée de Valence sur les débuts de carrière en pleine nature italienne des peintres Hubert Robert et Fragonard. J’ai le plaisir de recevoir la chercheuse Carla Tricon, diplômée de l’École du Louvre et en master au sein de l’université de la Sorbonne-Paris IV, pour vous raconter le parcours des collectionneuses d’art au XVIIIème siècle à Paris, entre histoire de l’art et gender studies.
Pendant ses recherches, elle a d’abord fait sous la direction de Mickaël Szanto un mémoire de master 1 intitulé : Le discours théorique féminin autour du tableau à Paris au XVIIIème siècle, le cas de la Présidente de Bandeville. Puis en deuxième année, elle a prolongé son étude de cette figure en lui adjoignant celle d’une restauratrice de tableaux ; Marie Jacob van Merlen, dite la veuve Godefroid, et celle d’une salonnière de renom ; Marie Thérèse Rodet Geoffrin. Ce concert à trois voix a pris la forme d’une étude transdisciplinaire lui a permis de comprendre l’agentivité de ces femmes passionnées d’histoire de l’art, ainsi que la façon dont elles ont durablement façonné le paysage pictural et scientifique parisien.
Pourquoi des « collectionneuses » ?
Ces femmes ne se disaient pas elles-mêmes collectionneuses, c’est un terme postérieur utilisé par les historiens et historiennes. A l’époque, ces femmes sont plutôt appelées « amatrices » ou « connaisseurs » (au masculin). Selon Carla Tricon, les collectionneuses sont des femmes passionnées, de fines stratèges pour constituer des collections et être reconnues comme tel dans les milieux pour ne pas être reléguées au second plan dans les cercles intellectuels de l’époque.
Il existait des différence entre les collections d’hommes et de femmes, en tout cas théoriquement. Là où les hommes sont sensés collectionner les œuvres monumentales avec des sujets historiques, les femmes sont sensées collectionner surtout des œuvres religieuses et de dévotion, de format moyen, ou des tableaux de portraits. Mais Carla Tricon a constaté dans ses recherches que ces classifications ne s’appliquent pas à la réalité, avec des femmes qui ont révolutionné la collectionnite au XVIIIème siècle. Néanmoins, elles ne sont pas marchandes d’art ou des professionnelles, les collections restant un hobby pour des personnes plutôt aisées.
La Présidente de Bandeville, grande collectionneuse

En effet, l’on connaît trop peu de collectionneuses de cette époque, les auteurs fondateurs de la discipline ayant systématiquement affirmé que la collection était une affaire d’hommes et que les femmes ne la pratiquaient que pour se divertir. Pourtant, la Présidente de Bandeville, bien loin de ne se consacrer qu’au décor ou au loisir, a construit un véritable projet muséal dont la redécouverte est inédite.
Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille :
Des expositions :
- Musée des Arts décoratifs « Une journée au XVIIIe siècle, chronique d’un hôtel particulier » (du 18 février au 5 juillet 2026)
- Musée Cognacq-jay, « Révéler le féminin, Mode et Apparences au XVIIIe siècle » ( du 25 mars au 20 septembre 2026).
- Pour les collections XVIIIème : le musée du Louvre, le Musée des Arts Décoratifs, le musée Carnavalet, le Musée Jacquemart-André.
- Et pour les gender studies à l’époque moderne, l’AFÉMuse, le musée des féminismes à Angers (qui ouvrira ses portes dans les prochains mois)
- La collection formidable de LA Musée au musée Sainte-croix de Poitiers
Sources imprimées
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Portrait gravé de Jeanne-Baptiste d’Albert de Luynes, Comtesse de Verrue, pour son catalogue de vente après décès, Léon Gaucherel, 1737, Collection de la Bibliothèque de l’institut National d’Histoire de l’Art CAYLUS Anne Claude Philippe de, BARTHÉLEMY Jean-Jacques, MARIETTE Pierre-Jean, Recueil de peintures antiques, imitées fidèlement pour les couleurs et pour le trait, d’après les desseins coloriés faits par Pietre Sante Bartoli, Paris, s.n., 1757-1760, p. 11, 12.
- DEZALLIER d’ARGENVILLE Antoine Joseph, « Lettre sur le choix & l’arrangement d’un Cabinet curieux », Mercure de France, Paris, chez la Veuve Cavelier, juin 1727, vol. 2, p. 1294-1330.
- —, La Conchyliologie, ou Histoire naturelle des coquilles de mer, d’eau douce, terrestres et fossiles, Paris, De Bure, 1780, 3ème éd., t.I, p. 214, 215 ; t.II, p. 48-848, Planche VIII, X, XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX.
- DIDEROT Denis, d’ALEMBERT Jean Le Rond, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Histoire naturelle, Paris, chez Briasson, 1751-1780, vol. 6, Planche LXIX, fig. 7, p. 8.
- RÉMY Pierre, Catalogue de tableaux des peintres célèbres des différentes écoles […] provenant du Cabinet de feu madame la Présidente de Bandeville, VP RES 1787/9, Paris, chez M Hayot de Longpré, 1787.
Articles, ouvrages et actes de colloque :
- ARMAND Guilhem, « Le Spectacle de la nature ou l’esthétique de la Révélation », Dix-huitième siècle, n°45, 2013, p. 329-345.
- BONFAIT Olivier, « Les Collections des parlementaires parisiens au XVIIIe », Revue de l’Art, Paris, éditions Ophrys, n°73, 1986, p. 28-42.
- BONNAFFÉ Edmond, Les collectionneurs de l’ancienne France : notes d’un amateur, Paris, chez Aubry, 1873, p. 13, 60-80.
- CABANNE Pierre, Les grands collectionneurs. Du Moyen-âge au XIXe siècle, Paris, les éditions de l’Amateur, 2003, t.I, p. 7-30, 113-151.
- CARLYLE Margaret, « Collecting the World in Her Boudoir: Women and Scientific Amateurism in Eighteenth-Century Paris », Early Modern Women : An Interdisciplinary Journal, vol. 11, n°1, Arizona Center for Medieval & Renaissance Studies, 2016, p. 149-161.
- CHAUNU Pierre, introduction à Annik Pardailhé-Galabrun, La naissance de l’intime : 3000 foyers parisiens, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, PUF, 1988.
- DUBY Georges, PERROT Michelle, Histoire des femmes en Occident. XV-XVIIIème siècles, Paris, Plon, t. III, 1991, p. 111-120, 175-195, 327-369, 403-427.
- EHRARD Jean, L’idée de la nature en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, mémoire de thèse soutenu en 1962, Université de Paris, Faculté des lettres, Chambéry, Imprimeries réunies, 1963, vol. 1 et 2, p. 49-50, 127-133, 181-185, 273-274, 280-287, 325-328, 417, 418, 547, 569, 742, 771-773.
- GERE Charlotte, VAIZEY Marina, Great Women collectors, New York, Abrams, 1999, p. 45-56.
- GUICHARD Charlotte, Les amateurs d’art à Paris au XVIIIème siècle, Seyssel, Champ Vallon, 2008, p. 9-17, 26-30, 60-62, 80-188, 218-332.
- LAWRENCE Cynthia, Women and art in Early modern Europe : patrons, collectors and connoisseurs, Philadelphia, Pennsylvania State University Press, 2ème édition, 1997, p. 1-20, 207-227.
-

Manufacture de SèvresCarlin, Martin, Musée du Louvre, Département des Objets d’art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes, OA 11293 – https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010104992 – https://collections.louvre.fr/CGU LUGLI Adalgisa, Naturalia et mirabilia, les cabinets de curiosités en Europe, Paris, A. Biro, 1998, p. 101-129, 156-230.
- MICHEL Patrick, Peinture et Plaisir. Les Goûts picturaux des collectionneurs parisiens au XVIIIe siècle, Rennes, Presses Universitaires, 2010.
—, Collectionner au temps de l encyclopédie: objets, lieux, pratiques, Presses universitaires de Rennes,Rennes, France, 2026. - POMIAN Krzysztof, Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris-Venice : XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1987, p. 7-95, 163-188.
- RHEIMS Maurice, TOURNIER Michel, Les collectionneurs : de la curiosité, de la beauté, du goût, de la mode et de la spéculation, Paris, Ramsay, 1981.
- SCHNAPPER Antoine, Le Géant, la Licorne, la Tulipe. Collections françaises au XVIIe siècle, Paris, Flammarion, 1988.
- SCHNAPPER Antoine, Curieux du grand siècle. Collections et collectionneurs dans la France du XVIIe siècle, Paris, Flammarion, 1994.
- THIÉBAUD François, Une femme collectionneuse au XVIIIème siècle, Marie-Anne Catherine Bigot de Graveron, Présidente de Bandeville, s.l., Bulletin de la Société Historique et Archéologique de l’Essonne et du Hurepoix, 2018, p. 1-99.
- VERLAINE Julie, Femmes collectionneuses d’art et mécènes de 1880 à nos jours, Paris, Hazan, 2014.
Catalogues d’exposition
- Louveciennes, Madame du Barry : de Versailles à Louveciennes, Marie-Amynthe Denis (dir.), Paris, Flammarion, Louveciennes, Musée-promenade de Marly-le-Roi, du 21 mars au 19 juin 1992.
Dans cet épisode vous avez pu entendre des extraits des oeuvres suivantes :
Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :
- Hors-série 5 – Hubert Robert et Fragonard au Musée de Valence
- Épisode 36 – Fanny et les harpes (Passion Modernistes)
- Épisode 22 – Edith et Madame Roland, une femme des Lumières
- Épisode 14 – Axel et le peintre Watteau (Passion Modernistes)
Merci à Baptiste Mossiere pour le montage de l’épisode.!