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Hors-série 8 – Musique et Moyen Âge (avec Dam de Écoute Ça !)

Comment la musique du XXème siècle s’est inspirée de la musique du Moyen Âge (ou non) ?

Dans l’épisode 4 de Super Joute Royale nous avions mentionné la chanson « Sacré Charlemagne » de France Gall et son inexactitude historique, et cela m’a donné envie d’aller voir plus loin… Et je ne me suis pas lancée seule dans cette quête, j’ai convié Dam du podcast Ecoute Ca pour analyser une playlist assez éclectique !

Dans ce hors-série spécial musique et Moyen Âge nous parlons donc des chansons suivantes (et retrouvez une playlist complète en fin d’article) :

  • France Gall – Sacré Charlemagne
Dam de Ecoute Ca
Dam de Ecoute Ca

Dire que “Charlemagne aurait invité l’école” serait comme dire que Blanquer aurait invité l’école, c’est faux. Par contre sous le règne de Charlemagne il y bien eu une réforme de l’enseignement à la fin du VIIIème siècle pour renforcer l’administration royale et répandre la foi chrétienne. La formation des fonctionnaires de l’empire et des clercs a nécessité la mise en place de structures éducatives solides. Le souverain carolingien et ses successeurs ont entrepris une vaste réforme culturelle de grande ampleur connue sous le nom de « renaissance carolingienne ». Écrite en 1964, cette chanson est donc surtout enracinée dans son époque, les enfants ne vont plus à l’école le samedi après-midi depuis 1969, et le repos de milieu de semaine est passé au mercredi en 1972.

  • Christopher Lee – Charles The Great

A la fin de sa vie, l’acteur Christopher Lee a consacré deux albums à Charlemagne qu’il considérait comme son ancêtre. Dans la chanson Charles the Great, le futur empereur discute avec son père Pépin le Bref, puis nous fait le récit de son accession au trône de Francie occidentale à la mort de son père puis de son frère ainé Carloman Ier, et raconte les conquêtes pour son empire en formation. A la fin de la chanson, on trouve une référence au royaume des Asturies, fondé au début du VIIIe siècle par une poignée de seigneurs visigoths repoussés au Nord par les Umeyyades.

  • Michel Sardou – L’an mil

Dans cette chanson, Michel Sardou nous propose une vision de l’an mil avec “un peuple terrorisé par l’imminence de la fin du monde”, c’est vraiment quelque chose que le grand médiéviste Georges Duby a toujours combattu, et il le dit dès l’introduction de son livre L’An Mil justement. Cette vision de terreur a été propagée dès la fin du XVème siècle, avec le triomphe du nouvel humanisme, qui rejetait cette période obscure qui avait eu lieu entre l’Antiquité et eux. La chanson est aussi remplie d’anachronismes, avec dès le deuxième mot de la chanson, les “cathédrales”. Le “blanc manteau d’églises” de Raoul Glaber, un historien du début du XIème siècle, a surtout recouvert l’Europe au XIème et XIIème siècle. Par exemple la cathédrale Notre Dame de Paris est construite à partir de 1163, soit bien après l’an mil.

  • Notre Dame de Paris – Le temps des cathédrales

Encore une chanson qui rassemble beaucoup de clichés sur le Moyen Âge et pas mal d’incohérences. Déjà, 1482, ça fait un peu tard pour des cathédrales, cela fait déjà 300 ans qu’on a commencé à les construire (cf chanson précédente). Ensuite on nous parle des Vandales, des “invasions barbares” : c’est plutôt Vème siècle, donc 1000 ans avant. A noter l’expression “genre humain” qui est plutôt liée à l’idéologie communiste du XIXème, et qu’on retrouvera dans d’autres chansons de la fameuse comédie musicale.

ÉCOUTEZ : Les idées reçues sur le Moyen Âge (au Paris Podcast Festival)
  • Le bon roi Dagobert

Cette chanson date du XVIIIème siècle et est une attaque déguisée contre Louis XVI, notamment lors de la Révolution pour ridiculiser la monarchie. Pour en savoir plus sur le roi mérovingien Dagobert vous pouvez écouter l’épisode 2 du format Super Joute Royale sur les rois du VIIème siècle.

  • George Brassens – Le Moyenâgeux

“Je suis née avec cinq siècles de retard” : Brassens se désigne comme “foutrement moyenâgeux”, et il le prouve bien avec cette chanson. Tout le texte croule sous les références historiques, elles sont pour la plupart analysée sur ce site, mais je vous en développe ici quelques unes. On y trouve de nombreuses allusions plus ou moins directes au poète médiéval François Villon et à ses textes (on se souvient que Brassens a mis en musique un de ses plus beaux poèmes, Ballade des Dames du Temps Jadis). Le chanteur poète s’est aussi amusé à faire référence à des lieux parisiens qui existaient au Moyen Âge, comme le gibet de Montfaucon ou l’ancien Cimetière des Innocents.

  • Bourvil – Les Rois fainéants

Cette expression des Rois fainéants est apparue sous la plume de Eginhard, biographe de Charlemagne au IXème siècle, pour désigner les derniers rois de la dynastie précédente, les Mérovingiens, pour ainsi légitimer le “recylage” du pouvoir par les Carolingiens. Alors, dans les faits (toujours selon les sources de l’époque et si on lit un peu entre les lignes), effectivement à la fin de leur dynastie c’était un peu compliqué pour les Mérovingiens, il y a eu quelques accidents généalogiques, c’est-à-dire qu’ils mourraient jeunes et régnaient donc peu longtemps, donc ça entraîne des problèmes de succession, on nous sort des soit disant héritiers mérovingiens d’un peu n’importe où.

Conseil de Dam : la chaîne Youtube d’analyse musicale Scherzando
  • Hugues Aufray – La Princesse et le Troubadour

Beaucoup de clichés sur le Moyen Âge sont représentés dans cette chanson d’Hugues Audrey, mais en soi pas d’exagération. A noter que l’on commence à parler des troubadoursà partir du XIIème siècle à la cour des ducs d’Aquitaine, et il y aura dans quelques mois un épisode du podcast sur le sujet !

  • Jean-Jacques Goldman – Tournent Les Violons

On retrouve les mêmes thématiques que Hugues Aufray dans cette chanson de Goldman, sauf qu’il s’agit cette fois d’une servante et non d’une princesse. Dans une interview, Jean-Jacques Goldman a raconté avoir eu l’idée de l’histoire d’une phrase qui change une vie, et que c’est la composition de la musique qui lui a donné envie de lui donner un cadre historique. On y trouve des références lointaines à l’amour courtois, mais pour rappel l’amour courtois n’est pas vraiment un idéal romantique…

  • William Sheller – Excalibur
  • Naheulband – Dix sous dans ma poche
  • Les Fatals Picards – C’est la fête médiévale
  • Cool Cavemen – Killian & Kevin

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