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Super Joute Picturale – Les peintres primitifs italiens, au Musée du Petit Palais d’Avignon

Découvrez les peintres italiens de la fin du Moyen Âge exposés au Musée du Petit Palais à Avignon !

Enregistrement de la Super Joute Picturale au Musée du Petit Palais Palais en juillet 2026
Enregistrement de la Super Joute Picturale au Musée du Petit Palais Palais en juillet 2026

Nous vous proposons dans cet épisode une Super Joute Picturale à propos de peintres italiens de la fin du Moyen Âge, exposés dans le Musée du Petit Palais à Avignon. L’enregistrement était d’ailleurs en public dans l’une des salles du musée, au milieu des tableaux.

Pour rappel, dans le format Super Joute, je propose à des personnes qui travaillent sur le Moyen Âge de rivaliser de mauvaise foi pour classer des personnages historiques pour faire découvrir et redécouvrir la période médiévale.

Et pour vous parler peinture médiévale et petits anges dodus dorés, j’ai le plaisir d’avoir à mes côtés au micro :

 

Le Musée du Petit Palais à Avignon

Bartolo di Fredi, Saint Jean l'Evangéliste, vers 1395-1400, tempera et or sur bois (peuplier), H: 198 ; L: 51 cm, Avignon, musée du Petit Palais, PP 16
Bartolo di Fredi, Saint Jean l’Evangéliste, vers 1395-1400, tempera et or sur bois (peuplier), H: 198 ; L: 51 cm, Avignon, musée du Petit Palais

Ouvert depuis 1976 (on en fête donc les 50 ans au moment où sort cet épisode), le musée du Petit Palais à Avignon propose au public une magnifique collection de peintures italiennes de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, rassemblées par le marquis Campana dans la première moitié du XIXe siècle, un dépôt exceptionnel du musée du Louvre. Et on y trouve aussi dans les premières salles un ensemble de peintures et sculptures provençales du Moyen Âge déposées par la Fondation Calvet.

La collection Campana, comptant plus de 300 œuvres, propose donc un panorama de la peinture italienne et de son évolution, des œuvres du XIIIe siècle soumises aux influences byzantines à la révolution picturale florentine et son influence. Vous pourrez y découvrir de grands noms de cette époque dont nous vous parlons dans l’épisode mais aussi des peintres plus confidentiels. Installé dans l’ancien palais des archevêques dont la construction commence au début du XIVème siècle lors de l’installation de la papauté à Avignon, le musée du Petit Palais jouit d’un emplacement prestigieux sur la place du Palais des Papes, juste à côté de ce très beau monument. Je compte donc sur vous pour aller le visiter et repérer les oeuvres donc nous vous parlons.

Pour connaître le résultat de la Super Joute Picturale il faudrait écouter l’épisode en entier, et voici ci-dessous des présentations résumées des peintres !

 

Simone Martini, le polyvalent 

Simone Martini, Quatre médaillons avec des figures de prophètes : Jérémie, Ezéchiel, Jacob, David, vers 1320, tempera et or sur bois (noyer), D: 10 cm, Avignon
Simone Martini, Quatre médaillons avec des figures de prophètes : Jérémie, Ezéchiel, Jacob, David, vers 1320, tempera et or sur bois (noyer), D: 10 cm, Avignon

Figure majeure à la fois de la peinture italienne (surtout siennoise) et de la peinture à Avignon, Simone Martini est né vers 1284 et mort en 1344. Reconnu de son vivant, on écrit sur son tombeau à sa mort “A Simone de Memmi, le plus célèbre de tous les peintres de tous les temps. A vécu soixante ans, deux mois et trois jours”. Voyageur infatigable et chef d’un immense atelier et de grands chantiers, il est formé auprès de Duccio (rien que ça!) et devient le chef de file de la peinture siennoise à Avignon. Ses œuvres vont servir de références à la peinture siennoise jusqu’au XVème siècle.

On vous raconte dans l’épisode que Simone Martini savait tout faire : des grandes fresques sur les murs, des enluminures dans les livres, de la peinture sur panneau, il savait passer du registre monumental à l’échelle microscopique. On peut retenir notamment les fresques de Notre Dame des Doms au Palais des Papes et les médaillons des Quatre Prophètes du Petit Palais (cf ci-contre).

Lectures et vidéos pour en savoir plus : 

 

Bartolo di Fredi, le « pas assez connu« 

Bartolo di Fredi, L'Adoration des bergers, vers 1390-1395, tempera et or sur bois (peuplier), H: 160 ; L: 96 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée du Louvre), INV 20267 (crédit photo : © 2004 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda)
Bartolo di Fredi, L’Adoration des bergers, vers 1390-1395, tempera et or sur bois (peuplier), H: 160 ; L: 96 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée du Louvre), INV 20267

Produit 100% siennois, Bartolo di Fred est né à Sienne, formé à Sienne et  monte son atelier à Sienne. Il répond à de nombreuses commandes pour le clergé siennois, même si parfois il fait des folies et il va peindre à 40 km de Sienne. Il finira même par mourir dans cette ville. Sa réputation franchit quand même les frontières de la ville avec des œuvres à San Gimignano, Montalcino, Lucigano et Volterra. Sa carrière fut brillante, avec une grosse production appréciée de ses contemporains, il fut donc assez fortuné.

Même s’il est considéré comme l’un des peintres les plus importants de Sienne dans la seconde moitié du XIVème siècle, il reste peu connu aujourd’hui du grand public. On ne sait que très peu de choses sur sa vie, en-dehors des archives relatives à ses commandes les plus prestigieuses (San Gimignano). Il est encore un peu (beaucoup) dans l’ombre de Simone Martini, dont il est un fidèle disciple. Et pourtant il se dégage de nombreux traits caractéristiques innovants et époustouflants de son œuvre. Sa carrière politique est par contre plutôt bien documentée. En 1372, il commence à siéger à la Magistrature Suprême.

Carlo Crivelli, Sainte Catherine de Sienne, Saint Augustin, Saint Nicolas et Sainte Lucie, vers 1490, tempera et or sur bois (tilleul), H: 50 ; L: 15 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôts du musée du Louvre)
Crivelli Carlo, Sainte Catherine de Sienne, Musée du Louvre, MI 498

Selon Mathilde Berthier, le Saint Jean de Bartolo di Fredi est l’une des plus belles œuvres du musée, « en toute objectivité ». Elle insiste dans l’épisode notamment sur un détail, le livre ouvert qu’il tient entre ses mains où on peut lire l’incipit de l’Évangile selon saint Jean. Alors ce n’est pas révolutionnaire de représenter une écriture ou un livre dans une œuvre d’art au XIVe siècle, mais ici on peut admirer une remarquable écriture onciale avec le mode/code d’abréviation propre à cette époque. Et en plus ça permet de reconnaître le bougre, car il n’y a rien qui ressemble plus à un vieux saint barbu médiéval qu’un autre vieux saint barbu médiéval.

Lectures et contenus pour en savoir plus : 

 

Carlo Crivelli, « un peu weirdo« 

Né vers 1430/1435 et mort en 1495, Carlo Crivelli est un vénitien que Fiona Lüddecke qualifie de « un peu weirdo« . Peintre « anti-moderne » avec de la personnalité, il signe des œuvres singulières et uniques. Son style très décoratif et formaliste comportant un “goût du bizarre” dans le traitement des formes antiques, avec une curiosité pour les formes naturelles se mêlant aux formes gothiques finissantes. On retrouve aussi beaucoup de dorure, ce qui peut être perçu comme « archaïque », il évolue dans le “climat byzantino-gothique de Venise” selon l’historien André Chastel.

Par contre dans sa Sainte Catherine de Sienne (cf ci-contre), Mathilde Berthier relève que sur le livre ouvert tenu par la sainte, les écritures sont seulement des traces informes « dignes des ordonnances de votre généraliste« . Autre petit défaut relevé par les participant.e.s de cet épisode, l’emploi du fonds d’or mêlé à des tonalités de couleur qui ont tendance à s’écraser les unes les autres créent une sorte de monotonie chromatique à ses compositions. Heureusement, son trait byzantinisant, notamment dans les motifs des tissus, donne du relief à la composition, en plus de rendre son style reconnaissable.

Mathile Berthier vous parle aussi des représentations végétales de Carlo Crivelli et du fameux cornichon. Mais attention, nous avons fait une petite erreur dans l’épisode le peintre qui fait des cornichons au Petit Palais est Vittore Crivelli, son frère, que vous pouvez retrouver dans La Vierge et l’Enfant trônant entre deux anges.

Lectures et contenus pour en savoir plus : 

 

Vittore Carpaccio, le préféré de Fiona

Vittore Carpaccio, La Sainte Conversation, vers 1500, huile sur bois (peuplier), H: 98 ; L: 127 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée du Louvre), MI 548
Vittore Carpaccio, La Sainte Conversation, vers 1500, huile sur bois (peuplier), H: 98 ; L: 127 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée du Louvre), MI 548

Pur produit vénitien, Vittore Carpaccio est né vers 1460 et mort en 1525 à Venise, et il le revendique partout, jusque dans sa signature. Dans ses tableaux, il nous plonge et fait voyager dans la Venise du XVe siècle, avec des scènes poétiques et pleine de fantaisie, un peu comme des décors de théâtre avec des personnages en frise, comme on peut le voir dans La Sainte Conversation (cf ci-contre). Par rapport à d’autres peintres traités dans cet épisode, on peut relever ses qualités pour des architectures soignées et détaillées.

Fiona Lüddecke vous raconte que par sa peinture, Vittore Carpaccio montre, raconte et suggère afin que l’esprit et le regard s’égarent doucement dans un labyrinthe sans fin. C’est une peinture qui se regarde, pendant longtemps. C’est le peintre idéal pour montrer à quel point, à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, la vraie innovation, elle n’est plus à Florence mais à  Venise.

Lectures et contenus pour en savoir plus : 

 

Neri Di Bicci, qui a laissé de belles archives

Neri di Bicci, Le Couronnement de la Vierge, avec saint Antoine, saint Augustin, Tobie et l'Ange, vers 1463, tempera et or sur bois (peuplier), H: 158 ; L: 169 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée du Louvre), INV 20252
Neri di Bicci, Le Couronnement de la Vierge, avec saint Antoine, saint Augustin, Tobie et l’Ange, vers 1463, tempera et or sur bois (peuplier), H: 158 ; L: 169 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée du Louvre), INV 20252

On peut qualifier Neri Di Bicci d’entrepreneur à succès pour son époque. Né en 1418 et mort en 1492, il était à la tête d’atelier important et prospère, l’un des plus riches et successfull de Florence au XVe siècle. Il créé sur tous types de supports (dessins pour tissus, sculptures, collabore avec sculpteurs et menuisiers, dessins pour sculptures, coffres de mariage, activité parfois d’architecte) et pour toutes les classes sociales. On trouve en effet à la fois des oeuvres produites pour des commandes particulières et aussi des  productions en série pour tous types de commanditaires avec des tarifs plus abordables que “l’élite des artistes”.

En bon chef d’entreprise/homme d’affaire, Neri Di Bicci tient rigoureusement sa comptabilité dans son journal d’atelier. Dans ses “Ricordanze”, il a consigné méticuleusement ses activités de 1453 à 1475. Il y répertorie tous les types de commandes qu’il a acceptées ainsi que les tarifs de rémunération de son travail, de ses élèves, de ses collaborateurs et de ses mécènes. Ces archives sont aujourd’hui conservées à la bibliothèque de la Galerie des Offices de Florence, et au centre de documentation du Petit Palais. Il est néanmoins très peu étudié aujourd’hui et mériterait que des études récentes soient faites sur lui.

Mathilde Berthier note que dans son oeuvre Le couronnement de la Vierge (cf ci-contre) il réalise de « très très beaux brushings des anges et des drapés incroyables« . On peut y remarquer aussi de belles représentation d’ anges musiciens.

Lectures et contenus pour en savoir plus : 

 

Sandro Botticelli, la star

Sandro Botticelli (Sandro du Mariano di Filipepi, dit), La Vierge à l'Enfant dite "Madone Campana", vers 1467-1470, huile sur bois (peuplier), H: 72 ; L: 51 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée du Louvre), MI 480
Botticelli, Sandro (Alessandro di Mariano di Sandro Filipepi, dit), Musée du Louvre, Département des Peintures, MI 480, musée du Petit Palais

On finit cet épisode par la super star, Sandro Botticelli, l’un des peintres les plus importants de la Renaissance italienne et de l’histoire de l’art. Vous trouverez une salle dans le Musée du Petit Palais qui lui est entièrement consacré d’ailleurs.

Il fait partie d’un groupe de peintres très connus dans la Florence du tournant des XVe et XVIe siècles. Il est notamment l’élève  : très influencé par Verrocchio et Filippo Lippi dont il a été l’élève, il est le contemporain de Domenico Ghirlandaio, Filippino Lippi (le fils de son prof principal, ouh la la), Lorenzo di Credi et puis d’un jeune peintre inconnu au bataillon originaire du village de Vinci, un certain Léonard. Il évolue donc tout jeune dans un environnement artistique (mais aussi politique → Laurent de Médicis dit le Magnifique) en pleine émulation.

Il est décrit par l’historien de l’art André Chastel comme “le plus grand peintre florentin de la fin du siècle, mais sans rayonnement hors de Toscane”, “il exprime au plus haut point la sensibilité au contour, et, par son opposition au paysage pur, à l’atmosphère, constitue une sorte de contrepoids à l’influence de Verrocchio”.

Sandro Botticelli participe de la réactualisation de la mythologie gréco-romaine comme grands sujets de la peinture. Selon André Chastel toujours, “il devient le peintre des mythologies nouvelles, allégoriques, poétisées, très différentes des défilés romains d’un Mantegna, plus alambiquées que les bacchanales et les fêtes païennes du siècle suivant”.

Lectures et contenus pour en savoir plus : 

  • Botticelli : artiste et designer, catalogue d’exposition (Paris, Musée Jacquemart-André, Institut de France), Paris, Culturespaces / Fonds Mercator, 2021.
  • Botticelli. De Laurent le Magnifique à Savonarole, catalogue d’exposition (Paris, Musée du Luxembourg), Paris, Ed. Musée du Luxembourg, 2003.
  • Sandro Botticelli en 2 minutes. Site Beaux-Arts. L’encyclo. Beaux-Arts Magazine ed. : https://www.beauxarts.com/artiste/simone-martini/
  • 10 œuvres de Sandro Botticelli. L’Encyclope : https://www.youtube.com/watch?v=dkGs8dgH56Q
  • L’Art en Question 3 : BOTTICELLI – La Naissance de Vénus. Canal éducatif à la demande (CED) : https://www.youtube.com/watch?v=6LH0xaQp524
Sandro Botticelli (Sandro du Mariano di Filipepi, dit) et atelier, Vénus et trois putti (L'Amour sacré et l'Amour profane ?), vers 1480, huile sur bois, H: 85 ; L: 219 cm, Avignon, musée du Petit Palais (dépôt du musée Louvre), MI 546
Botticelli, Sandro (Alessandro di Mariano di Sandro Filipepi, dit)Italie Toscane Florence, Musée du Louvre, Département des Peintures, MI 546 – https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010064990
Visuel de l'épisode Super Joute Picturale sur les peintres primitifs italiens du Musée du Petit Palais d'Avignon, réalisé par Baptiste Mossiere
Visuel de l’épisode Super Joute Picturale sur les peintres primitifs italiens du Musée du Petit Palais d’Avignon, réalisé par Baptiste Mossiere

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de consulter :