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Épisode 48 – Carla et les collectionneuses au XVIIIème siècle (Passion Modernistes)

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Épisode 48 - Carla et les collectionneuses au XVIIIème siècle (Passion Modernistes)
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Qui sont les collectionneuses au XVIIIème siècle et comment font-elles collection d’art ?

Dans cet épisode de Passion Modernistes, je vous propose un sujet qui est un peu dans la continuité du dernier hors-série produit en partenariat avec le Musée de Valence sur les débuts de carrière en pleine nature italienne des peintres Hubert Robert et Fragonard. J’ai le plaisir de recevoir la chercheuse Carla Tricon, diplômée de l’École du Louvre et en master au sein de l’université de la Sorbonne-Paris IV, pour vous raconter le parcours des collectionneuses d’art au XVIIIème siècle à Paris, entre histoire de l’art et gender studies.

Pendant ses recherches, elle a d’abord fait sous la direction de Mickaël Szanto un mémoire de master 1 intitulé : Le discours théorique féminin autour du tableau à Paris au XVIIIème siècle, le cas de la Présidente de Bandeville. Puis en deuxième année, elle a prolongé son étude de cette figure en lui adjoignant celle d’une restauratrice de tableaux ; Marie Jacob van Merlen, dite la veuve Godefroid, et celle d’une salonnière de renom ; Marie Thérèse Rodet Geoffrin. Ce concert à trois voix a pris la forme d’une étude transdisciplinaire lui a permis de comprendre l’agentivité de ces femmes passionnées d’histoire de l’art, ainsi que la façon dont elles ont durablement façonné le paysage pictural et scientifique parisien.

Pourquoi des « collectionneuses » ?

Catalogue des tableaux du cabinet de M. Crozat, Baron de Thiers / [exemplaire illustré par Gabriel de Saint Aubin]. - Paris : De Bure l'aîné, 1755. N° inv. : LDUT1153
Catalogue des tableaux du cabinet de M. Crozat, Baron de Thiers / [exemplaire illustré par Gabriel de Saint Aubin]. – Paris : De Bure l’aîné, 1755. N° inv. : LDUT1153
Ces femmes ne se disaient pas elles-mêmes collectionneuses, c’est un terme postérieur utilisé par les historiens et historiennes. A l’époque, ces femmes sont plutôt appelées « amatrices » ou « connaisseurs » (au masculin). Selon Carla Tricon, les collectionneuses sont des femmes passionnées, de fines stratèges pour constituer des collections et être reconnues comme tel dans les milieux pour ne pas être reléguées au second plan dans les cercles intellectuels de l’époque.

Il existait des différence entre les collections d’hommes et de femmes, en tout cas théoriquement. Là où les hommes sont sensés collectionner les œuvres monumentales avec des sujets historiques, les femmes sont sensées collectionner surtout des œuvres religieuses et de dévotion, de format moyen, ou des tableaux de portraits. Mais Carla Tricon a constaté dans ses recherches que ces classifications ne s’appliquent pas à la réalité, avec des femmes qui ont révolutionné la collectionnite au XVIIIème siècle. Néanmoins, elles ne sont pas marchandes d’art ou des professionnelles, les collections restant un hobby pour des personnes plutôt aisées.

La Présidente de Bandeville, grande collectionneuse

En effet, l’on connaît trop peu de collectionneuses de cette époque, les auteurs fondateurs de la discipline ayant systématiquement affirmé que la collection était une affaire d’hommes et que les femmes ne la pratiquaient que pour se divertir. Pourtant, la Présidente de Bandeville, bien loin de ne se consacrer qu’au décor ou au loisir, a construit un véritable projet muséal dont la redécouverte est inédite.
Alors que l’historiographie s’en est complètement désintéressée, la Présidente de Bandeville a été une figure majeure dans le paysage pictural parisien du XVIIIème siècle. Issue d’une famille de la noblesse de robe et d’épée normande, Marie Anne Catherine a rejoint Paris au bras de son époux, François de Bandeville. À la mort de ce dernier et de ses deux enfants, elle a initié la construction d’une collection de plus de 300 tableaux et d’objets d’histoire naturelle (dont des peintures majeures pour les collections européennes comme la fontaine de Chardin ou l’enlèvement d’Europe de Claude Gellée dit le Lorrain).
Cette femme avait bien conçu ses cabinets comme un proto-musée. Le cabinet de peinture et celui d’histoire naturelle avaient été agencés pour être le prolongement l’un de l’autre. Les cabinets alternaient vitrines d’artefacts naturels et tableaux de paysages, de natures mortes ou de dessins animaliers scientifiques ; la peinture semblant être le lien contigu des artefacts naturels. Elle avait ainsi rassemblé de la manière la plus exhaustive possible des objets naturels, comme pour résumer la nature et faire dialoguer le macrocosme et le microcosme.

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

Sources imprimées  

  • CAYLUS Anne Claude Philippe de, BARTHÉLEMY Jean-Jacques, MARIETTE Pierre-Jean, Recueil de  peintures antiques, imitées fidèlement pour les couleurs et pour le trait, d’après les desseins coloriés faits  par Pietre Sante Bartoli, Paris, s.n., 1757-1760, p. 11, 12.
  • DEZALLIER d’ARGENVILLE Antoine Joseph, « Lettre sur le choix & l’arrangement d’un Cabinet  curieux », Mercure de France, Paris, chez la Veuve Cavelier, juin 1727, vol. 2, p. 1294-1330.
  • —, La Conchyliologie, ou Histoire naturelle des coquilles de mer, d’eau douce, terrestres et fossiles, Paris,  De Bure, 1780, 3ème éd., t.I, p. 214, 215 ; t.II, p. 48-848, Planche VIII, X, XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII,  XIX.
  • DIDEROT Denis, d’ALEMBERT Jean Le Rond, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des  arts et des métiers, Histoire naturelle, Paris, chez Briasson, 1751-1780, vol. 6, Planche LXIX, fig. 7, p. 8.

Articles, ouvrages et actes de colloque :

  • ARMAND Guilhem, « Le Spectacle de la nature ou l’esthétique de la Révélation », Dix-huitième siècle,  n°45, 2013, p. 329-345.
  • BONFAIT Olivier, « Les Collections des parlementaires parisiens au XVIIIe », Revue de l’Art, Paris,  éditions Ophrys, n°73, 1986, p. 28-42.
  • BONNAFFÉ Edmond, Les collectionneurs de l’ancienne France : notes d’un amateur, Paris, chez Aubry,  1873, p. 13, 60-80.
  • CABANNE Pierre, Les grands collectionneurs. Du Moyen-âge au XIXe siècle, Paris, les éditions de  l’Amateur, 2003, t.I, p. 7-30, 113-151.
  • CARLYLE Margaret, « Collecting the World in Her Boudoir: Women and Scientific Amateurism in  Eighteenth-Century Paris », Early Modern Women : An Interdisciplinary Journal, vol. 11, n°1, Arizona  Center for Medieval & Renaissance Studies, 2016, p. 149-161.
  • DUBY Georges, PERROT Michelle, Histoire des femmes en Occident. XV-XVIIIème siècles, Paris, Plon, t.  III, 1991, p. 111-120, 175-195, 327-369, 403-427.
  • EHRARD Jean, L’idée de la nature en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, mémoire de thèse  soutenu en 1962, Université de Paris, Faculté des lettres, Chambéry, Imprimeries réunies, 1963, vol. 1 et 2, p.  49-50, 127-133, 181-185, 273-274, 280-287, 325-328, 417, 418, 547, 569, 742, 771-773.
  • GERE Charlotte, VAIZEY Marina, Great Women collectors, New York, Abrams, 1999, p. 45-56.
  • GUICHARD Charlotte, Les amateurs d’art à Paris au XVIIIème siècle, Seyssel, Champ Vallon, 2008, p.  9-17, 26-30, 60-62, 80-188, 218-332.
  • LAWRENCE Cynthia, Women and art in Early modern Europe : patrons, collectors and connoisseurs,  Philadelphia, Pennsylvania State University Press, 2ème édition, 1997, p. 1-20, 207-227.
  • LUGLI Adalgisa, Naturalia et mirabilia, les cabinets de curiosités en Europe, Paris, A. Biro, 1998, p.  101-129, 156-230.
  • POMIAN Krzysztof, Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris-Venice : XVIe-XVIIIe siècle, Paris,  Gallimard, 1987, p. 7-95, 163-188.
  • THIÉBAUD François, Une femme collectionneuse au XVIIIème siècle, Marie-Anne Catherine Bigot de  Graveron, Présidente de Bandeville, s.l., Bulletin de la Société Historique et Archéologique de l’Essonne et  du Hurepoix, 2018, p. 1-99.

Dans cet épisode vous avez pu entendre des extraits des oeuvres suivantes :

Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :

Merci à Baptiste Mossiere pour le montage de l’épisode.!