Passion Modernistes

Épisode 32 – Gillian et le travail à Nantes au XVIIIème siècle (Passion Modernistes)

Épisode 32 - Gillian et le travail à Nantes au XVIIIème siècle (Passion Modernistes)
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Comment travaillait-t-on à Nantes au XVIIIème siècle ?

Portrait Gilian Tily
Portrait de Gilian Tlily

Dans ce nouvel épisode du podcast Passion Modernistes, Gillian Tilly vous parle de son mémoire de recherches en histoire moderne sur les femmes dans le travail artisanal à Nantes au XVIIIe siècle. Plus précisément, sur la construction d’identités professionnelles chez les tailleuses, les coiffeuses et les sages-femmes. Elle a effectué ses recherches à la faculté d’Histoire de Nantes sous la direction de David Plouviez et de Samuel Guicheteau. Dans cet épisode nous allons donc parler d’histoire, rentrer dans le quotidien et le travail des Nantais et Nantaises au XVIIIème siècle.

Nantes au XVIIIème siècle

Au XVIIIème siècle, Nantes connaît un important développement urbain qui se constate surtout entre 1780 et 1793 par un pic d’accroissement de la population. En une dizaine d’années, c’est près de 20 000 habitants supplémentaires qui occupent la ville, lui donnant une importance démographique semblable à celle de Rouen pour la même époque, mais légèrement inférieure à celle de Bordeaux ou Lyon. Alors qu’en 1700, Nantes comptait environ 40 000 habitants, elle en dénombre 60 000 cinquante ans plus tard, pour atteindre les 80 000 habitants vers 1789.

Nantes est un port industriel d’estuaire dont le commerce va largement profiter à cet accroissement de population. La ville connaît un remarquable développement, issu principalement de l’essor colonial et du commerce maritime, ou plus généralement à la traite négrière.

Le travail à Nantes au XVIIIème siècle

2) A 3 Carte 1 - Habitation des tailleuses 1745-1789(1)
2) A 3 Carte 1 – Habitation des tailleuses 1745-1789(1)

La ville de Nantes est très connue pour son activité portuaire et maritime. Mais on a aussi beaucoup d’artisans et de marchands, notamment dans le faubourg Saint-Nicolas, l’un des plus importants de la cité au 18e siècle. On va retrouver beaucoup de tanneurs, de cordonniers, de perruquiers, de tailleurs aussi, qui constituent parmi les corps de métiers les plus importants de la ville, ou bien encore les tonneliers, des métiers liés à la nature portuaire de Nantes.

Gillian Tilly raconte dans l’époque comment le monde du travail est très ordonné à l’époque moderne. Il existe des corporations de métiers, c’est-à-d-ire des regroupements professionnels dans lesquels des maîtres artisans se rassemblent afin de partager des intérêts communs. Il existe habituellement 3 types de corporations : masculines, mixtes et féminines.

Les femmes et le travail artisanal à Nantes

Extrait des statuts et règlements des maîtresses tailleuses de Nantes, publiés en 1733 par la corporation des maîtres tailleurs de Nantes. Archives départementales de Loire-Atlantique, C 654, Chambre de Commerce de Nantes – Arts et Métiers, « Procédures diverses poursuivies au siège de l’Amirauté [...] » 1401-1787.
Extrait des statuts et règlements des maîtresses tailleuses de Nantes, publiés en 1733 par la corporation des maîtres tailleurs de Nantes. Archives départementales de Loire-Atlantique,
C 654, Chambre de Commerce de Nantes – Arts et Métiers, « Procédures diverses poursuivies au siège de l’Amirauté […] » 1401-1787.
La particularité à Nantes que Gillian Tilly dans ses recherches est qu’il n’existe pas comme à Paris ou Rouen de corporations mixtes ou féminines. En somme, on a uniquement des corporations masculines, au nombre de 32 ou 33 au début du XVIIIème siècle, qui régissent une importante partie des affaires économiques de la ville. Conséquence : beaucoup de travailleuses, notamment dans les métiers du textile, qui doivent composer avec les corporations masculines de la ville. Toute la question est de savoir la place que ces femmes parviennent à se faire entre les règlements des corporations masculines qui les concernent, alors qu’elles n’en font tout de même pas parties. Le travail féminin inquiète les autorités corporatives qui cherchent à le contrôler, sans pour autant jamais leur laisser la possibilité de les intégrer.

Au XVIIIème siècle on remarque une féminisation de beaucoup de métiers, en particulier ceux du textile. Il existe aussi des discriminations liées au sexe des individus dans le monde du travail, en particulier dans la couture.  Pour reprendre les mots de Marie-Hélène Hocquard, la couture est une activité presque naturelle au sexe féminin. Apprendre à coudre, c’est bien plus que se former à un métier, c’est « écrire son destin de femme » et être conditionnée à en devenir une. Nicole Pellegrin a mis l’accent sur ce rapport intrinsèque entre aiguille et féminité. Si ce sont donc des tailleuses qui pratiquent un métier jugé propre à leur sexe, ce sont également des artisanes qui, par la couture développent des techniques qualifiées et des savoir-faire spécifiques, qui paradoxalement, leur permettent de s’élever de ce conditionnement culturel et social.

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

Histoire générale des femmes

  • GODINEAU Dominique, Les femmes dans la France moderne, XVIe -XVIIIe siècle, Paris, Armand Collin, 2015.
  • PERROT Michelle, DUBY George [dir.], ZEMON DAVIS Natalie, FARGE Arlette, Histoire des femmes en Occident, XVIe -XVIIIe siècle, t.3, Paris, Perrin, 2012.
  • THÉBAUD Françoise, Écrire l’histoire des femmes et du genre, Lyon, ENS Éditions, 2017.

Histoire des corporations

  • HAMON-MULLER Thierry, Les corporations en Bretagne au XVIIIème siècle, Thèse pour le doctorat en droit, dir. Marcel Morabito, Université de Rennes I, Faculté de Droit et de Science Politique, Janvier 1992.
  • KAPLAN Laurence Steven, La fin des corporations, Paris, Fayard, 2001.
RASPAL Antoine, (1738-1811), L’atelier de couture, Arles, vers 1780, huile sur bois (32.5 x 40.5 cm), Musée Réattu, inv. 868.1.130, leg par Elisabeth Grande en 1868.
RASPAL Antoine, (1738-1811), L’atelier de couture, Arles, vers 1780, huile sur bois
(32.5 x 40.5 cm), Musée Réattu, inv. 868.1.130, leg par Elisabeth Grande en 1868.

Histoire du travail des femmes

  • CROWSTON Clare, Fabricating women, The Seamstresses of Old Regime France 1675- 1791, Londres, Duke University Press, 2001.
  • GUICHETEAU Samuel, « Ouvrières au travail, travaux de femmes. Nantes, XVIIIe -XIXe siècles », Les Cahiers de Framespa, n°7, 2011, pp. 1-15.
  • PELLEGRIN Nicole, « Les vertus de « l’ouvrage », Recherches sur la féminisation des travaux d’aiguille (XVIe -XVIIIe siècles) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 46e année, n°4, 1999, pp. 747-769.
  • TILLY Louise, SCOTT Joan, Les femmes, le travail et la famille, Paris, ed. Payot et Rivages, 2002.
  • TRUANT Cynthia, « La maîtrise d’une identité ? Corporations féminines à Paris aux XVIe et XVIIIe siècle », Clio. Femmes, Genre, Histoire, n°3, 1996, pp. 1-12.