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Épisode 38 – Héléna et les rituels d’exécutions

Comment les exécutions pouvaient être mises en scène et ritualisées au Moyen Âge ?

Héléna Lagréou au micro de Passion Médiévistes
Héléna Lagréou au micro de Passion Médiévistes

En 2019 Héléna Lagréou a soutenu un mémoire sur le sujet : « Exercer la métaphore historienne des rituels d’exécutions avec le cas des Grandes Chroniques de France par le Maître de Virgile de 1380 à 1405 : La floraison de l’analyse ». Elle était en deuxième année de master d’histoire médiévale et anthropologie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, sous la direction du professeur Joseph Morsel.

Des actes pas si courants

Il existe plusieurs types de rituels de justice, et Héléna Lagréou s’est concentré sur les rituels d’exécutions, qui sont souvent longs, avec une procession dans la ville très sonore, une exécution et l’exposition du corps. Au-delà de l’exécution en elle-même, trancher la tête ou pendre quelqu’un, le rituel comprend plein de scènes différentes, avec toute une préparation.

Et contrairement aux idées reçues, les exécutions publiques au Moyen Âge n’arrivent pas très souvent, notamment selon les travaux de Claude Gauvard qui montre que ce sont les actes de rémissions qui sont les plus fréquents.

Parmi les exécutions, les plus courantes sont les pendaisons, là où les décapitations seront réservées aux individus du haut rang, membres du groupe aristocrate. Il y a aussi une distinction genrée : les femmes, dans un rapport de pudeur et de monstrance du corps, auront des types d’exécutions très différentes, comme le bucher ou l’enterrement vivant.

Décapitation avec malaise du bourreau Raoulet, Grandes Chroniques de France ou Chroniques de Saint Denis (de 1270 à 1380). Ms. Royal. 20. C. VII. f. 133V.
Décapitation avec malaise du bourreau Raoulet, Grandes Chroniques de France ou Chroniques de Saint Denis (de 1270 à 1380). Ms. Royal. 20. C. VII. f. 133V.

Les rituels d’exécutions, une métaphore ?

Illustration de l'épisode 38 par Uvaat (Aurélien Dumont)
Illustration de l’épisode 38 par Uvaat (Aurélien Dumont)

L’ensemble de la compréhension des rituels d’exécutions (ou de justice) est habituellement fondé sur la métaphore du théâtre. Or Héléna Lagréou trouvait que cette métaphore n’était pas une évidence. Une des différences se loge par exemple dans la posture du public, qui n’est pas forcément passif lors des exécutions. Les spectateurs peuvent avoir un vrai rôle et être acteurs participants, voire intervenir dans le rituel.

De plus, contrairement au théâtre, le public a conscience que ce qui se déroule lors d’un rituel est réel, que ce n’est pas que de la fiction. Mais dans ses travaux Héléna Lagréou trouve tout de même une forme de validité de la métaphore.

De même, elle a travaillé sur la notion d’exemplarité de ces exécutions, en s’appuyant sur les travaux de Claude Gauvard et de Michel Foucault, et n’est pas totalement convaincue par cette analyse.

Pour en savoir plus Héléna vous conseille de lire :

  • GAUVARD Claude, « De grace especial » : crime, Etat et société en France à la fin du Moyen Âge, Paris, Publication de la Sorbonne, 1991.
  • GAUVARD Claude, Violence et ordre public au Moyen Âge, Paris, Picard, coll. « Les Médiévistes français », n°5, 2005.
  • MORSEL Joseph, « De l’usage de la métaphore « historienne » en histoire médiévale » (en ligne), 2017.
  • MOREL Barbara, Une iconographie de la répression judiciaire : le châtiment dans l’enluminure en France du XIIIe au XVe siècle, Paris, Editions du Comité des travaux historiques et scientifiques, coll. « Archéologie et histoire de l’art », 2007.

Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :

  • Kaamelott – Livre I Épisode 47
  • George Brassens – La mauvaise réputation

Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :