Passion Antiquités

Épisode 9 – Kevin et les Galates en Asie Mineure (Passion Antiquités)

Découvrez les Galates, peuple celte d’Asie mineure !

Kevin Parachaud
Portrait de Kevin Parachaud (© Fanny Cohen Moreau)

Dans ce nouvel épisode de Passion Antiquités, Kevin Parachaud présente dans cet épisode l’avancée de sa thèse « Présences galates en Méditerranée orientale et interactions avec les mondes hellénistique et romain du IIIe s‧av‧n.è au IIe s‧d n.è.« . En préparation à l’université de Limoges au CRIHAM sous la direction de Stéphanie Guédon et Pierre-Yves Milcent, Kevin Parachaud étudie l’histoire et les déplacements d’un mystérieux peuple celte, de l’Europe à l’Anatolie, les Galates. Ils n’avaient peur que d’une chose, que le ciel leur tombe sur la tête. Et c’est ce courage qui a mené les Galates, ce peuple pourtant celte, jusqu’à l’Anatolie, combattant Grecs et Romains.

Un peuple celte méconnu

Les Galates désignent un ensemble de peuples celtes installés en Asie Mineure, dans la région Anatolienne, entre le IIIe siècle avant notre ère jusqu’environ le Ve siècle de notre ère. Néanmoins, malgré cette longue installation, on sait peu de choses sur eux. Dans la période considérée, La Tène, ou second âge du fer, les Galates apparaissent à l’occasion d’une grande expédition celtique contre les Grecs. Ils sont menés en 280 av. n. è. par Brennos qui porte le même nom que le chef Gaulois qui mit à sac Rome un siècle auparavant.

Cependant, le mot « Galate », d’origine vraisemblablement grecque, recouvre la complexe réalité de l’installation très étendue des peuples celtes. Pour les Grecs, « Galate » désigne tous les Celtes, aussi bien ceux des îles de Bretagne jusqu’à ceux installés en Europe Centrale. Ce que nous appelons Galates aujourd’hui ne recouvre que l’ensemble des peuplements celtes de Méditerranée orientale.

Peu de témoignages nous sont parvenus, moins encore de témoignages directs. Les Galates eux-mêmes n’ont laissé aucune trace écrite en dehors de graffitis et de rares inscriptions. Il est donc difficile de définir ce qu’était la culture galate, ses formes et son organisation. C’est alors un minutieux travail entre histoire et archéologie auquel s’est prêté Kevin dans sa thèse.

L’organisation des Celtes en Anatolie

Carte 3 : estimation de l’emprise territoriale galate en Anatolie centrale, entre 270 et 64 a.C. (limites issues de Coşkun 2008, 13).
Estimation de l’emprise territoriale galate en Anatolie centrale, entre 270 et 64 a.C. (limites issues de Coşkun 2008, 13).

Durant ses plusieurs siècles d’existence, les formes de l’organisation galate ont bien changé. Dans la période considérée par Kevin dans son travail, une multitude de façons de s’organiser se succèdent. Les « Galates » d’Anatolie regroupent principalement trois peuples : les Tolistoboges, les Trocmes et les Tectosages.

Les trois tribus ont un fonctionnement qui est assez similaire, selon l’auteur grec Strabon. À leur tête se trouve une tétrarchie, un groupe de quatre dirigeants avec des prérogatives données. Ces tétrarchies sont assistées par des conseils de 300 personnes. Tous ces ensembles politiques se rassemblent une fois par an dans un sanctuaire, le Drunemeton, le « grand sanctuaire » ou « sanctuaire du chêne ». Mais cette disposition politique n’est pas neutre, elle est le fait d’une transposition tardive par un auteur grec. Il faut donc l’analyser en profondeur.

En réalité, il semble que des élites locales ont concrètement des pouvoirs sur de petits territoires. Elles ont des relations avec les autres membres de l’élite pour décider des grandes directions à prendre, mais restent autonome. À cela s’ajoute un système annuel d’assemblées rurales pour prendre des décisions collectives. C’est ainsi un maillage dispersé, mais connecté des peuples Galates, cohérents avec la façon dont les territoires anatoliens sont occupés. C’est un système politique bien plus fluide que décrit par Strabon, dont on trouve des traces dans la toponymie.

Mais cette organisation s’effondre durant la guerre entre Pompée et Mithridate VI, roi du Pont. Ce dernier, d’après les textes antiques, invite les élites galates à un banquet où il les fait mettre à mort. Leurs élites politiques perdues, les Galates se rallient à Pompée. Leur organisation collégiale est perdue, et les Romains en profitent pour réorganiser leurs nouveaux voisins, une fois le Pont vaincu. Plusieurs chefs s’affrontent pour le pouvoir sur les Galates, mais c’est Deiotaros qui parvient à s’imposer. À sa mort, un de ses proches récupère le pouvoir, mais en 25 avant notre ère, les Romains intègrent définitivement la Galatie à l’Empire. Commence alors la dernière période galate, sous domination romaine.

Les Galates, un peuple dissimulé au milieu des autres vestiges

Anneau de cheville à oves creux, parure laténienne féminine trouvée en Turquie, vers Finike (d’après Schaaf 1972, pl. 20).
Anneau de cheville à oves creux, parure laténienne féminine trouvée en Turquie, vers Finike (d’après Schaaf 1972, pl. 20).

La Galatie se situe dans une région extrêmement foisonnante en terme d’histoire, et donc, d’archéologie. Trouver des restes indiquant la présence galate est très compliqué, puisque les traces d’occupation sont pléthoriques, souvent bien trop nombreuses pour être totalement traitées. Les vestiges galates sont de ce fait assez peu nombreux, en tout cas en terme d’identification. En effet, les Galates n’ont pas laissé de vestiges comparables aux temples grecs, à la statuaire romaine ou aux bâtis ottomans. Le mot de « traces » archéologiques prend tout son sens. Mais Kevin ne désespère pas et il est parvenu à retrouver un certain nombre de vestiges permettant de mieux percevoir la culture matérielle galate.

Seule une cinquantaine d’objets sur trois siècles se dégagent pour en apprendre plus sur les Galates. Longtemps interprété comme une hellénisation précoce des Galates, Kevin Parachaud explique qu’en réalité, ces objets s’étalent chronologiquement sur toute la période du second âge du fer. Il y avait donc bien une production matérielle galate tout au long de la période.

L’archéologie Galate est ainsi soumise à un effet de source important. La région de l’Anatolie centrale est peu fouillée, durant ces fouilles les objets en fer sont trop nombreux et assez délaissés, et le maillage plutôt rural des Galates rend difficile de retrouver des traces urbaines. Pourtant, les textes rapportent une présence clairement identifiée comme Galate chronologiquement et géographiquement étendue.

Ainsi, des Galates s’identifient eux-mêmes dans des graffitis. Des Galates servent aussi dans l’Égypte de la période lagide. Ainsi, Cléopâtre elle-même a des serviteurs et guerriers Galates, qui finissent capturés par Marc-Antoine après la bataille d’Actium. Les Galates ne sont ainsi pas un simple peuple hellénisé qui disparait en arrivant en Anatolie, mais bien un peuple qui se maintient dans sa culture et aux yeux de ses voisins.

tête de Galate avec des moustaches proéminentes, issue d’une figurine en terre cuite trouvée en Égypte (conservée au musée de Limoges)
tête de Galate avec des moustaches proéminentes, issue d’une figurine en terre cuite trouvée en Égypte (conservée au musée de Limoges)

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

  • Baray, Luc, 2017, « Les mercenaires, auxiliaires et alliés celtes en Méditerranée orientale et en Asie Mineure », L. Baray, De Carthage à Jéricho. Mythes et réalités du mercenariat celtique (Ve-Ier siècle a.C.), Scripta Antiqua 98, Bordeaux, Ausonius, 213-360.
  • Barbyshire, Gareth, Mitchell, Stephen, Vardar, Levent, 2000, « the Galatian Settlement in Asia Minor », Anatolian Studies, 50, 75‑97, disponible en ligne
  • Coşkun, Altay, 2013, « Histoire par les noms in Ancient Galatia 1 », . Parker (ed), Personal Names in Ancient Anatolia, Proceedings of the British Academy 191, Oxford, Oxford University Press, 79-106.
  • Kruta, Venceslas, 2000, « Les Galates, Celtes d’Asie Mineure », V. Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire, Bouquins, Paris, Robert Laffont, 268-273.
  • Lejars, Thierry, 2015, « l’expansion celtique », O. Buchsenschutz (ed), L’Europe celtique à l’âge du Fer, Nouvelle Clio, Paris, Presse Universitaire Française, 177-294, disponible en ligne
  • Péré-Noguès, Sandra, 2013, « Chiomara, Camma, et autres princesses… Une histoire des femmes dans les sociétés « celtiques » est‑elle possible ? », Pallas, 90, 159-176, disponible en ligne
  • Strobel, Karl, 2002, « State Formation by the Galatians of Asia Minor. Politico-Historical and Cultural Processes in Hellenistic Central Anatolia », Anatolica, 28, 1-46, disponible en ligne

Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :

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Merci à Ilan Soulima pour la rédaction de l’article !