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Épisode 17 – Sabrina et les voyages d’Antoine Galland

Épisode 17 – Sabrina et les voyages d’Antoine Galland
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Écrivain, traducteur, voyageur, diplomate… Embarquez avec Antoine Galland dans cet épisode !

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Portrait Sabrina Vincent
Portrait Sabrina Vincent

Dans cet épisode de Passion Modernistes, Sabrina Vincent vous parle d’Antoine Galland et de ses voyages. Elle a étudié cette personnalité au cours de son mémoire soutenu en 2018 à l’université de Reims Champagne Ardennes, sous la direction d’Aurélien Girard et Mathieu Grenet.

La France et la Méditerranée à la fin du XVIIème siècle

Dans cet épisode nous sommes à l’époque du règne de Louis XIV (1643-1715). Antoine Galland ne connaitra rien d’autre, puisqu’il naît en 1646 et décède en 1715. Après 1650 la France est de plus en plus présente en Méditerranée. La multiplication des travaux dans le domaine naval et portuaire démontre une volonté de se tourner vers l’espace méditerranéen. On est ici dans la politique mercantiliste de Jean Baptiste Colbert qui souhaite favoriser les exportations et faire affluer les métaux précieux dans le royaume de France.

Colbert fonde d’abord la Compagnie des Indes en 1664 et la Compagnie du Levant en 1670 qui vise à organiser les relations commerciales entre les ports français (Marseille, Sète) avec les ports de l’Empire ottoman. C’est dans ce contexte que Jean-Baptiste Colbert fonde, sous tutelle du gouvernement, une grande Compagnie qui reçoit le nom de « Compagnie du Levant ».

Antoine Galland, un érudit français intéressé par l’Orient

Antoine Galland naît le 6 avril 1646 à Rollot (Somme) et meurt le 17 février 1715 à Paris. Il est surtout connu sous la postérité comme étant le traducteur des Mille et Une Nuits, véritable best-seller du début du XVIIIème siècle même si pour lui c’est le fait le moins illustre de sa carrière. Il écrira d’ailleurs :

Ce qu’il y a, c’est que cet ouvrage de fariboles (les Mille et Une Nuist) me fait plus d’honneur dans le monde que ne le ferait le plus bel ouvrage que je pourrais composer sur les médailles, avec des remarques pleines d’érudition sur les antiquités grecques et romaines. Tel est le monde : on a plus de penchant pour ce qui divertit que pour ce qui demande de l’application, si peu que ce puisse être.

Sabrina Vincent pense qu’Antoine Galland aurait préféré qu’on le présente comme un orientaliste. Même si en réalité il est anachronique d’utiliser le terme d’orientaliste qui apparait au XIXème siècle, Aurélien Girard utilise d’ailleurs le terme de « professionnels » de l’Orient, et l’explique par le fait que ces érudits puisqu’ils maitrisaient les langues orientales avaient par conséquent, une capacité et une légitimité à étudier l’Orient.

C’est aussi l’antiquaire du Roi, membre de la récente Académie Française puis professeur de langues arabes du Collège royal. On peut dire qu’avec un chemin de vie plutôt atypique et par sa grandeur intellectuelle, Antoine Galland a su se hisser au plus haut rang du monde érudit français au tournant du XVIIème et XVIIIème siècle.

Carte du troisième voyage d'Antoine Galland, réalisée par Sabrina Vincent
Carte du troisième voyage d’Antoine Galland, réalisée par Sabrina Vincent

Des voyages en Levant

Sabrina Vincent vous raconte dans cet épisode les différents voyages d’Antoine Galland, et notamment son troisième voyage fait en Levant aulequel elle a consacré ses recherches à partir d’un manuscrit particulier. Dans son premier voyage, Antoine Galland se rend à Constantinople en 1670 et voyage jusqu’en 1675, en Thrace, en Macédoine, en Roumélie orientale, en Asie mineure, dans les îles Égéennes, en Ionie, en Syrie et en Palestine. Puis il fait son deuxième voyage à Smyrne sur une très courte période sur l’année 1678.

Son troisième et dernier voyage fait en Levant débute le 11 septembre 1679 à Toulon dans la suite du nouvel ambassadeur de la Porte, Gabriel de Guilleragues. Le 23 octobre 1679, Antoine Galland arrive à Milos et quitte le convoi de l’ambassadeur qui part vers Constantinople. D’octobre 1679 à octobre 1680, il essaye de rejoindre Constantinople le plus rapidement possible à ses propres frais. Néanmoins, les conditions météorologiques difficiles et les risques liés à la Course rallongent considérablement son voyage.  Le 18 octobre 1680, il arrive enfin à Constantinople et apprend que la compagnie du Levant est dissoute. Cependant, Guilleragues garde Galland auprès de lui. La troisième lettre se termine le 1er novembre 1680 mais la mission se poursuit.

De 1680 à 1685, il séjourne à Constantinople. Il recherche des manuscrits et des médailles, et donne des leçons de grec à Mademoiselle de Guilleragues. Elle deviendra plus tard la marquise d’O à qui Galland dédiera les Mille et une Nuits. Gabriel de Guilleragues décède le 4 mars 1685 et le 1er septembre 1685, Antoine Galland est nommé antiquaire du Roi et chargé de continuer ses recherches de médailles en Orient pour le cabinet du Roi. De 1686 à 1688, il débute un voyage dans les îles de l’Archipel, séjourne de nouveau à Smyrne, fait une courte visite à Alexandrie et Rosette. Puis il retourne à Smyrne où il survit de peu au tremblement de terre du 8 juillet 1688. Suite à cela, il perd tous ses biens et ses relations de voyage et décide de rentrer en France en décembre 1688, clôturant ainsi près de dix-huit années d’aventures.

Pour en savoir plus sur Antoine Galland et ses voyages, on vous conseille de lire :

Feuillet de manuscrit de la main d'Antoine Galland
Feuillet de manuscrit de la main d’Antoine Galland

Sur Antoine Galland :

  • Antoine GALLAND, Le voyage à Smyrne, Paris, éd. Chandeigne, 2000.
  • Antoine GALLAND, Voyage à Constantinople, Paris, Maisonneuve et Larose, 2002.
  • ABDEL-HALIM Mohamed, Antoine Galland : sa vie et son œuvre, Paris, A.G. Nizet, 1964

Sur l’ « orientalisme » :

  • GIRARD Aurélien, Connaître l’Orient en Europe au XVIIe siècle, dossier thématique de XVIIe siècle, 2015
  • HEYBERGER Bernard, « L’Orient et l’islam dans l’érudition européenne du XVIIème siècle », Dix- septième siècle , 2015/3 (n° 268), p. 495-508.

Sur la Course méditerranéenne et le commerce des captifs:

  • KAISER Wolfgang, Le commerce des captifs : les intermédiaires dans l’échange et le rachat des prisonniers en Méditerranée, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Collection de l’école française de Rome, 2008
    FONTENAY Michel, La Méditerranée entre la Croix et le Croissant. Navigation, commerce, course et piraterie (XVIe-XIXe siècle), Paris, Classiques Garnier, 2010

Sur le commerce en Méditerranée :

  • PANZAC Daniel, La caravane maritime : marins européens et marchands ottomans en Méditerranée (1680-1830), CNRS Éditions, Paris, 2004

Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :

Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :

 

Ce très beau générique a été réalisé par Julien Baldacchino (des podcasts Stockholm Sardou, Radio Michel, Bulle d’art…) et par Clément Nouguier (du podcast Au Sommaire Ce Soir).