Passion Antiquités

Épisode 30 – Imane et les statues en Mésopotamie (Passion Antiquités)

Saviez-vous que les statues de Mésopotamie pouvaient vivre et mourir ? 

Imane Achouche au micro de Passion Antiquités
Imane Achouche lors de l’enregistrement du podcast Passion Antiquités

Dans l’épisode 30 du podcast Passion Antiquités, j’ai le plaisir de vous emmener de nouveau en Mésopotamie avec la chercheuse Imane Achouche. Doctorante en Histoire de l’Art et Archéologie à l’université de Liège et elle travaille depuis 2022 sur le sujet de thèse “ »Vie » et « Mort » des statues mésopotamiennes”, sous la direction de Laurent Collona D’istria. Vous allez découvrir dans cet épisode que oui, il est possible d’entrer une divinité dans une statue en Mésopotamie mais aussi de la mettre à mort pour différentes raisons !

La Mésopotamie au sens large

Coiffe à cornes d’une statue de déesse (Mission archéologique de Mari)H. 1,4 m/ 18e siècle avant notre ère / Musée d’Alep
Coiffe à cornes d’une statue de déesse (Mission archéologique de Mari) H. 1,4 m/ 18e siècle avant notre ère / Musée d’Alep

Comme nous manquons de sources pour documenter avec précision le sort des statues en Mésopotamie, Imane Achouche vous raconte dans l’épisode qu’elle a choisit de travailler sur une très grande période, du IIIème millénaire au Ier millénaire avant notre ère. Cela lui permet d’englober une grande variété de cas d’études, même si cela ne permet pas de faire une histoire globale de la statuaire mésopotamienne. Elle s’est principalement concentrée sur les zones correspondant aujourd’hui à l’Irak et la Syrie, mais s’est aussi intéressée à des sources concernant une partie de l’Iran et de l’Anatolie, suite à des déplacements de statues lors des conflits.

Différents types de statues en Mésopotamie

Imane Achouche a surtout travaillé sur les statues divines, très attestées dans les textes de l’époque mais malheureusement peu retrouvées par l’archéologie. Une situation qui s’explique à la fois parce que les matériaux utilisés pour les créer sont périssables et aussi par la récupération des matériaux précieux pour d’autres objets.

Les statues divines sont souvent assez petites, d’une vingtaine de centimètres, et à l’inverse les statues de figures royales peuvent avoir une taille humaine. Beaucoup de statues découvertes archéologiquement sont des individus en position de prière, dont la vocation est de se représenter de façon éternellement en adoration de la divinité.

Vie et morts des statues

Bas-relief portant une représentation de déportation de statues divinesH : 2,7 m / 8e siècle avant notre ère / BM 118934 (https://www.britishmuseum.org/collection/object/W_1884-0726-1)
Bas-relief portant une représentation de déportation de statues divines
H : 2,7 m / 8e siècle avant notre ère / BM 118934
(https://www.britishmuseum.org/collection/object/W_1884-0726-1)

L’objectif des recherches de mon invitée est d’identifier, de documenter et de recontextualiser les différentes pratiques destinées à mettre fin à la « vie » des statues en Mésopotamie. Ce travail s’inscrit dans le prolongement de son mémoire de master sur la perception mésopotamienne de la statuaire, à travers l’étude de sa « naissance“ et de son ”existence ».

Cette recherche a permis d’identifier l’existence d’un processus cultuel régissant la création des statues. Puisqu’un tel processus a été identifié, déterminant la « vie » des statues, sa thèse vise à identifier le processus associé à la « mort » de ces dernières. En effet, certaines découvertes archéologiques témoignent de son existence : statues enfouies dans une fosse, présentant une inscription effacée ou des membres mutilés, etc. Il a été possible d’identifier cinq manières de donner la « mort » à une ronde-bosse. Il s’agit de la destruction, de la déportation, de l’inhumation, de la réutilisation et du recyclage des matériaux.

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

Lectures générales : 

  • Bottéro, Jean. 1998. La plus vieille religion : en Mésopotamie. Paris.
  • Lafont, Bertrand, Alice Tenu, Francis Joannès, et Philippe Clancier. 2017. La Mésopotamie: de Gilgamesh à Artaban, 3300-120 av. J.-C. Mondes anciens. Paris.
  • Quertinmont, Arnaud, et Sophie Cluzan, éd. 2023. Mari en Syrie: renaissance d’une cité au 3e millénaire. Morlanwelz, Belgique: Musée royal de Mariemont.
  • Site web : https://archeologie.culture.gouv.fr/proche-orient/fr/patrimoine-proche-orient avec un descriptif simple de nombreux sites archéologiques syriens et irakiens, et une riche médiathèque

Sur la statuaire : 

  • Bahrani, Zainab. 1995. « Assault and Abduction: The Fate of the Royal Image in the Ancient Near East ». Art History 18 (3): 363‑82.
  • Guichard, Michael. 2019. « Les statues divines et royales à Mari d’après les textes ». Journal Asiatique 307 (1): 1‑56.
  • Nunn, Astrid, et Heinrich Piening, éd. 2020. Mesopotamian Sculpture in Colour. Gladbeck.
  • Spycket, Agnès. 1981. La statuaire du Proche-Orient ancien. Leiden.
  • Winter, Irene. 2009. « What/When Is a Portrait? Royal Images of the Ancient Near East ». Proceedings  of the American Philosophical Society 153 (3): 254‑70.

Historiographie de la discipline : 

  • Janssen, Caroline. 2002. « At the Banquet of Cultures: Mesopotamia’s Heritage in Arabic Times ». In Ideologies as Intercultural Phenomena. Proceedings of the Third Annual Symposium of the Assyrian and Babylonian Intellectual Heritage Project. Held in Chicago, USA, October 27-31, 2000, édité par Antonio Panaino et Giovanni Pettinato, 119‑33. Melammu Symposia 3. Milan.
  • Tamur, Erhan. 2023. « In Defense of Incremental Change ». Forum Kritische Archäologie 12, Theme Issue: Archaeology as Empowerment: For Whom and How? Comments on Scholarly Activism: 66–68.

Les écrits de mon invitée : 

  • Achouche, Imane. 2022. « Le combat contre Humbaba ». Mythologie(s) 49.
  • Achouche, Imane. 2024. « How Many Lives for a Mesopotamian Statue? » Arts 13 (4): 111.

Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :

Merci Clément Nouguier pour le générique et à Baptiste Mossiere pour le montage de l’épisode !