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Hors-série 42 – L’empire plantagenêt (au CESCM de Poitiers)

Dans ce hors-série, nous vous parlons de la grande histoire de l’empire plantagenêt !

Aliénor d’Aquitaine, Richard Coeur de Lion, Jean sans Terre : ces noms vous disent quelque chose ? Que ce soit parce que vous avez écouté notre épisode 117, ou que vous avez lu Shakespeare, les noms des membres de l’empire plantagenêt – parfois appelé empire angevin – sont connus de tous, mais la structure dans laquelle ils évoluent l’est moins.

Photo de l'enregistrement du hors-série de Passion Médiévistes sur l'empire plantagenet au CESCM à Poitiers en novembre 2025
Photo de l’enregistrement du hors-série de Passion Médiévistes sur l’empire plantagenêt au CESCM à Poitiers en novembre 2025

Une fois n’est pas coutume, ce hors-série de Passion Médiévistes vous plonge dans la grande histoire politique de cet empire. Pour cela, trois spécialistes viennent nous en apprendre plus sur sa formation, ses mouvements culturels et ses grands apports politiques :

Notez que cet épisode a été enregistré en public au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM) de Poitiers dans le cadre d’une journée hommage au médiéviste, professeur et ancien directeur du CESCM Martin Aurell !

Les origines de l’empire plantagenêt

Nicolas Prouteau explique dans l’épisode que la formation de l’empire plantagenêt débute au XIIe siècle, par le mariage de Geoffroy le Bel, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine à Mathilde d’Angleterre, fille d’Henri Ier d’Angleterre et duchesse de Normandie, et la naissance de leur fils, Henri Plantagenêt. Henri participe, avec sa mère, à la reprise du trône d’Angleterre, usurpé par Etienne de Blois (dont on parle dans un autre Hors Série), et épouse Aliénor d’Aquitaine. Ainsi, dès 1152, le désormais Henri II ajoute à l’Anjou, au Maine, à la Touraine et à la Normandie l’Angleterre, l’Aquitaine et le Poitou.

Henri II est alors à la tête d’un espace que Nicolas Prouteau qualifie “d’espace polycratique”, c’est à dire composite, avec différents types de circonscriptions. Fanny Madeline complète que c’est donc un espace qui se dirige par itinérance, sans capitale réelle, mais plutôt avec une région capitale.

Mais si Henri II est roi, comte et duc, il n’est à aucun moment empereur, alors d’où vient ce terme d’Empire Plantagenêt ? Fanny Madeline explique que c’est en réalité un terme d’historien, et qu’il n’y a jamais eu d’usage contemporain du terme. De même que le terme Plantagenêt est un surnom donné à Geoffroy le Bel par un poète normand à la fin du XIIe siècle et jamais utilisé par les dits Plantagenêts eux-mêmes.

De gauche à droite : Fanny Madeline, Carlyne, Nicolas et Fanny Cohen Moreau, en novembre 2025 au CESCM
De gauche à droite : Fanny Madeline, Carlyne Henocq, Nicolas Prouteau et Fanny Cohen Moreau, en novembre 2025 au CESCM

 

L’apogée de l’empire sous Henri II

Peinture murale de la chapelle Sainte-Radegonde à Chinon
Peinture murale de la chapelle Sainte-Radegonde à Chinon

Le début de règne d’Henri II est marqué par sa querelle avec Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry qui dure une grande partie des années 1160. Fanny Madeline recontextualise : cette querelle vient du fait que le roi veut continuer à contrôler les élections épiscopales et la justice des clercs comme il était d’usage avant la Réforme Grégorienne, tandis que Thomas Becket souhaite récupérer ces droits pour l’Église. Henri II tient bon car c’est une manière pour lui de récompenser et donc de contrôler son entourage, en majorité composé de prélats. Ce conflit se solde par l’assassinat de l’écclésiastique en 1170.

L’empire, sous le règne de Henri II, s’agrandit considérablement, mais presque par accident, explique Fanny Madeline. Elle prend l’exemple de l’annexion de la Bretagne suite à une révolte ratée et à un mariage, ou l’invasion de l’Irlande en 1171.

Enfin, Carlyne Henocq explique que le règne d’Henri II est également un moment de mécénat artistique important, notamment à travers les ornements de châteaux et les vitraux. S’il n’y a pas d’unité absolue, on observe néanmoins une certaine culture visuelle propre aux élites des Plantagenêts.

A cela, Nicolas Prouteau ajoute qu’Henri II est également un roi bâtisseur, qui transforme les berges de Loire, le palais de Poitiers ou encore le château de Chinon. Là bas, Carlyne Henocq vous raconte qu’il y serait même représenté avec ses fils dans la chapelle Sainte Radegonde, édifice semi-troglodyte au pied de la forteresse. Cette mise en scène architecturale s’observe également à Poitiers, où Henri II et Aliénor d’Aquitaine font construire une des grandes salles les plus monumentales de l’époque.

 

L’empire plantagenêt sous Richard Ier et Jean sans Terre

Les fouilles archéologiques du Palais de Poitiers (c) Nicolas Mahu
Les fouilles archéologiques du Palais de Poitiers (c) Nicolas Mahu

A la mort de son père en 1189, Richard Coeur de Lion est couronné roi d’Angleterre et hérite des terres qui constituent l’Empire Plantagenêt. Fanny Madeline vous raconte qu’il organise rapidement une troisième croisade aux côtés de Philippe Auguste, roi de France (qui fait un score catastrophique à notre Super Joute Royale) et de Frédéric Barberousse, empereur germanique. C’est un geste fort qui le distingue de son père, et Richard apparaît rapidement comme le chef de cette expédition.

Ses compagnons de croisade le font capturer à son retour à Vienne et il n’est libéré qu’un an plus tard contre une rançon colossale. A son retour, Richard développe une pratique de gouvernement plus centralisée et installe son gouvernement dans la vallée de la Seine, entre Rouen et Château Gaillard qu’il fait construire en 1197-1198.

D’un point de vue artistique, Carlyle Henocq et Nicolas Prouteau expliquent qu’il n’y a pas de changement dans les thèmes exploités, mais qu’on observe une évolution dans la culture visuelle. Richard Ier est également à l’origine d’une évolution importante dans les techniques de construction des châteaux, et d’une influence orientale forte.

Il existe de nombreux débats historiographiques autour des raisons de la fin de cet empire, mais pour Fanny Madeline, elle vient en partie d’une disparition territoriale. Elle explique qu’à la mort de son frère en 1199, l’héritier désigné est Arthur de Bretagne. Jean refuse cette succession, se fait couronner, grâce au soutien de la noblesse anglaise et normande en 1199. Les barons bretons et angevins soutiennent néanmoins Arthur et la situation dégénère rapidement.

Philippe Auguste en profite de son côté pour récupérer les terres continentales de la couronne, notamment par un procès qu’il lui intente en 1201. En effet, Jean se marie avec Isabelle d’Angoulême en 1200, qui était alors fiancée à Hugues de Lusignan, vassal de Jean sans Terre (nous parlons du statut de vassal dans l’épisode 115 !). Or, prendre la femme d’un vassal est contraire au droit féodal, et Hugues de Lusignan se tourne donc vers son suzerain pour obtenir réparation : le roi de France Philippe Auguste. Jean refuse de se présenter à son procès et Philippe le condamne à une saisie de ses fiefs avant de commencer une campagne militaire sur la Normandie et l’Anjou.

Visuel du hors-série de Passion Médiévistes sur l'empire plantagenêt, réalisé par Baptiste Mossiere
Visuel du hors-série de Passion Médiévistes sur l’empire plantagenêt, réalisé par Baptiste Mossiere

Arthur de Bretagne participe à cette campagne et assiège une place où s’est réfugiée Aliénor d’Aquitaine. Jean accourt au secours de sa mère et le capture. Fanny Madeline conclut : si les circonstances de sa mort sont floues, il est en tout cas retrouvé dans la Seine quelques jours plus tard.

Pour l’historien Martin Aurell, l’Empire Plantagenêt disparaît en 1224, lorsque la veuve de Jean sans Terre, Isabelle d’Angoulême, et son nouvel époux le fameux Hugues de Lusignan se soumettent au roi de France.

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

  • Fanny Madeline, Les Plantagenêts,  Que sais-je, 2026
  • Martin Aurell (dir.), Gouverner l’empire Plantagenêt, 1152-1224 : autorité, symboles, idéologie, Nantes, Région Pays de la Loire 303, 2021
  • Martin Aurell, L’empire des Plantagenêt, 1154-1224, Paris, Perrin, coll. « Pour l’histoire », , 406 p.
  • Lindy Grant, Eleanor of Aquitaine Woman, Queen and Legen, 2025

Merci Clément Nouguier pour le générique et à Coline Dottin pour la rédaction de l’article qui accompagne cet épisode !