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Épisode 3 – Paul et Le Roman de Renart

Dans ce troisième épisode, Paul Le Gouez vous parle du Roman de Renart, une œuvre médiévale parfois mal connue.

Portrait de Paul Le Gouez (2017, par Fanny Cohen Moreau)
Portrait de Paul Le Gouez (2017, par Fanny Cohen Moreau)

A partir de son mémoire de première année de master, présenté en juin 2016 et intitulé “Circulation des biens dans le Roman de Renart”, Paul nous présente les réalités de cette œuvre de fiction du Moyen Âge. On est loin de l’image d’un conte pour enfants étudié par certains d’entre nous au collège.

Il nous montre que selon les différentes branches de l’œuvre, rédigée à différents moments par plusieurs auteurs, le personnage de Renart peut se révéler cruel ou sadique. Et il nous parle de son travail de recherche et de ses méthodes pour étudier la circulation des biens et les analyser.

Le Roman de Renart

Le Roman de Renart raconte l’histoire de Renart et des animaux de la forêt et de la basse-cour dans une sorte de société qui parodie la société humaine médiévale. Ce n’est pas un roman au sens moderne du temps, c’est-à-dire qu’il n’y a pas une histoire avec un début, un milieu, et une fin. Il s’agit d’un recueil de plusieurs épisodes, de plusieurs récits qu’on appelle « branches ». Nous nous retrouvons ainsi dans plusieurs univers : celui de la cour du Roi (le Lion), ou dans celui de la campagne dans laquelle Renart et ses ennemis cherchent à se nourrir.

Le Roman de Renart se rapproche un peu plus d’un fabliau dans le ton utilisé : très satirique, assez grivois, l’histoire est une véritable parodie des romans courtois et des chansons de geste. Dans une chanson de geste va encenser les exploits de héros épique, de chevalier. Alors que dans le Roman de Renart, le côté épique et les valeurs chevaleresques vont être parodiées pour être évidemment moquées.

Toutefois, l’histoire de Renart ne partage pas la longueur des fabliaux : ces derniers sont des petits textes de 200 à 500 vers. Alors que les branches du Roman de Renart font en moyenne, 1000-1200 vers. Il y en a des très courtes de 90 vers et des très longues de 3400 vers.

Une identité opposé au souvenir

Contrairement au souvenir de 5e notre invité, Renart n’est pas un personnage “bon enfant”. Renart vole, Renart tue, Renart viole et Renart est un sadique. Cela dépend des branches, car dans certaines, il joue des tours juste pour s’amuser, et dans d’autres, il fait du mal pour vraiment faire du mal. Dans d’autres branches encore, il fait écorcher ses ennemis, et dans d’autres récits il est mention de faits scabreux, scatologiques. Nous avons aussi des branches de récits qui parlent de guerre entre l’armée des païens qui est dirigée par le chameau, Musard, et l’armée chrétienne qui est dirigée par le Roi noble.

Pourquoi des animaux ?

Paul nous explique, que de son point de vue, ce qui est intéressant dans l’animalité des personnages, c’est qu’ils peuvent reprendre les codes des bestiaires médiévaux pour accentuer les caractéristiques des personnages. Par exemple, Renard est rusé, sournois, fourbe parce que ce sont ses caractéristiques dans les bestiaires. Le renard est censé être l’incarnation de Satan. Son pelage roux le rapproche de Judas, puisque le roux est la couleur des cheveux de Judas, le traître par excellence. Plusieurs animaux partagent des caractéristiques avec leur représentation dans les bestiaires médiévaux.

Dans l’animalisation de la cour, il y a aussi l’idée de pouvoir critiquer la société médiévale évidemment. C’est un procédé bien connu comme dans les Fables de La Fontaine. Cependant, le Roman de Renart n’a pas de portée moralisatrice : il ne s’agit pas d’une critique de la cour, par exemple, de Philippe Auguste ou des rois qui lui ont succédé. C’est plutôt une critique de la société en général, et surtout pour parodier les romans courtois et les chansons de geste.

Si le sujet vous intéresse voici quelques ouvrages pour en savoir plus :

  • Devard Jérôme, Le roman de Renart: le reflet critique de la société féodale, Paris, 2010 (Historiques. Série Travaux)
  • Zink Michel, Littérature française du Moyen Âge, 2e édition revue et mise à jour, Paris, Presses universitaires de France, 2001 (Collection Premier Cycle)
  • Toureille Valérie, Vol et brigandage au Moyen Âge, Paris, 2006 (Le noeud gordien)

Ainsi que quelques liens :

Les extraits sonores diffusés pendant l’émission :

Merci beaucoup à Bobu et So pour la retranscription !

Si cet épisode vous a intéressé vous pouvez aussi écouter :