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Épisode 61 – Marie et les jardins de Toscane

Comment étaient construits et conçus les jardins en Toscane au Moyen Âge ?

Portrait Marie par Fanny Cohen Moreau
Portrait Marie Delarasse par Fanny Cohen Moreau

Dans cet épisode de Passion Médiévistes, Marie Delarasse vous parle de son sujet de recherches : « Le jardin ornemental en Toscane : pratiques et représentations (XIVème – XVIème siècle) ». Elle a réalisé un mémoire de Master 2 en 2021 sous la direction de Elisabeth Crouzet Pavan à Sorbonne Université Paris.

En effet, Marie Delarasse travaille sur le jardin ornemental en Toscane du XVe au XVIe siècle, tant sur les pratiques de cet espace que les représentations picturales, littéraires et imaginaires. L’enjeu de ses recherches est de démontrer la domination progressive de l’homme sur la nature dès le Moyen Âge par ce type particulier de jardins particulier.

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La conception du jardin au Moyen Âge

Giusto Utens, La Petraia, 1599, détrempe sur toile, Florence, Villa médicéenne de la Petraia, dans MIGNANI, Daniela. Le ville medicee di Giusto Utens, Firenze, Arnaud, 1993, p. 66.
Giusto Utens, La Petraia, 1599, détrempe sur toile, Florence, Villa médicéenne de la Petraia, dans MIGNANI, Daniela. Le ville medicee di Giusto Utens, Firenze, Arnaud, 1993, p. 66.

La fin du Moyen Âge en Toscane voit le jardin être une partie intégrante du paysage. Il est souvent un espace clos sur lui même, entourée de murs ou de haies. Il est lié intégralement aux arts et à certains modes de vie. Ce n’est pas anodin si le jardin est associé à la vie, puisqu’il est synonyme de nature et de havre de paix.

Marie Delarasse a surtout travaillé sur le jardin ornemental dans ses recherches, mais au Moyen Âge plusieurs types de jardins sont développés :

  • le jardin fermé, l’horthus conclusus, d’où naitra le jardin ornemental, qui est aussi vivrier pour la subsistance
  • le jardin des délices, l’hortus deliciarum, ainsi nommé en référence au tableau de Jérome Bosch, proposant toutes sortes d’activités sensuelles
  • le jardin monastique, proprement religieux, qui se comporte d’herbes médicinales, de potagers, etc
  • le jardin des simples, où on ne cultive que des plantes médicinales
  • le jardin ornemental, créé à partir du XIVème siècle, consacré à l’ornementation et l’esthétique, ce qui n’empêche pas la culture d’arbres fruitiers, de potagers, de plantes médicinales

Le jardin ornemental, un plaisir pour les nobles

Jardin de la villa La Petraia, photo prise par Marie Delarasse le 31 octobre 2019
Jardin de la villa La Petraia, photo prise par Marie Delarasse le 31 octobre 2019

Et parmi les jardins ornementaux, on trouve aussi les jardins secrets, accessibles seulement depuis l’intérieur du palais et réservé au propriétaire; les jardins de fleurs, qui va servir à montrer des fleurs rares et exotiques, et les jardins suspendus, en référence aux jardins de Babylone, accessibles aussi seulement par le propriétaire de la demeure, et ressemblant à une forme de balcon avec un jardin artificiel.

Le jardin ornemental, dont la nature est certes dominée et maîtrisée, est aussi un espace sacré et protégé par les dieux, comme ces recherches nous l’ont montrées. La Renaissance italienne révèle cet espace comme lieu empreint d’une culture très puissante et inspirante, montrant par là que le jardin ornemental s’accompagne d’un phénomène culturel particulier et influent.

Les spécificités de la Toscane

Le jardin est aussi un espace dans lequel les riches familles toscanes de la fin du Moyen Âge investissent beaucoup, ce qui contribue à la construction d’un jardin ornemental façonné pour surprendre et éblouir les visiteurs. Cet espace particulier devient alors progressivement un lieu à la mode où il est bon d’aller se promener, de discuter et de visiter.

La domination de la nature en Toscane se réalise par le choix de situer le jardin physiquement en position dominante sur la ville, comme une métaphore du pouvoir de la puissante famille qui le possède. Les Médicis, notamment, y produisent un inventaire pictural très précis et dense qui impressionne celui qui aperçoit toutes les villas et leur jardin en même temps.

Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

PAOLO di, Giovanni, La Vierge de l’humilité, 1430, tempera sur panneau, 62x48 cm, Sienne, Pinacothèque nationale.
PAOLO di, Giovanni, La Vierge de l’humilité, 1430, tempera sur panneau, 62×48 cm, Sienne, Pinacothèque nationale.
  • BECK, Bernard. « Jardin monastique, jardin mystique. Ordonnance et signification des jardins monastiques médiévaux », Revue d’histoire de la pharmacie, n°327, 2000, disponible en ligne pharm.2000.5121, p. 377-94.
  • BRUNON, Hervé. Pratolino : art des jardins et imaginaire de la nature dans l’Italie de la seconde moitié du XVIème siècle, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2001, disponible en ligne.
  • BRUNON, Hervé. « La chasse et l’organisation du paysage dans la Toscane des Médicis », Chambord (France), Actes Sud, 2007, p. 219-49.
  • DESCOLA, Philippe. « Les formes du paysage 1 », 2012, disponible en ligne
  • DESCOLA, Philippe. « Les formes du paysage 2 », 2013, disponible en ligne.
  • DESCOLA, Philippe. « Les formes du paysage 3 », 2014, disponible en ligne.
  • DIACCIATI, Silvia. Il Barone : Corso Donati nella Firenze di Dante, Il divano 328, Palermo, Sellerio editore, 2021.
  • FABRE, Isabelle. Les vergers de l’âme : l’allégorie du jardin spirituel à la fin du Moyen Âge, Essais sur le Moyen Âge, n°69, Champion, Paris, 2019.
  • GIRAULT, Pierre-Gilles, « Flore et jardins : usages, savoirs et représentations du monde végétal au Moyen Âge », Cahiers du Léopard d’or, vol. 6, Paris, 1997.
  • LABBÉ, Alain. Vergers et jardins dans l’univers médiéval. Presses universitaires de Provence, Aix- en-Provence, 1990, disponible en ligne.
  • LILLIE, Amanda. « Fiesole : Locus amoenus or Penitential Landscape ? » The Universiy of Chicago Press, I Tatti Studies in the Italian Renaissance, n°11, 2007, p. 11-55.
  • MATOSSIAN, Chaké. « La fonction symbolique du palmier ou les transformations de la Phoenix dactylifera » dans L’arbre ou la Raison des arbres, éd. Jackie Pigeaud, Presses universitaires de Rennes, 2013, disponible en ligne, pp. 409-25.
  • MIGNANI, Daniela. Le ville medicee di Giusto Utens, Firenze, Arnaud, 1993.
  • PICQUET, Théa. « Nature et jardin. Giovanni Rucellai, Le Api ». Italies, n°8, 2004, pp. 1-17, disponible en ligne.
La Grande Grotte du jardin de Boboli, photos prises le 27 octobre 2019
La Grande Grotte du jardin de Boboli, photos prises par Marie Delarasse le 27 octobre 2019
  • PIRON, Sylvain. « Ève au fuseau, Adam jardinier » dans Adam, la nature humaine, avant et après, éd. Irène Rosier-Catach et Gianluca Briguglia, Éditions de la Sorbonne, 2016, pp. 283-315.
  • RIBOUILLAULT, Denis. Rome en ses jardins : paysage et pouvoir au XVIe siècle, L’art et l’essai, Paris, Institut national d’histoire de l’art, 2013.
  • THOMAS, Frédérique. « Hortus conclusus », Sigila, n°34, 2014, https://doi.org/10.3917/ sigila.034.0049, p. 49-59.
  • ZANGHERI, Luigi. Pratolino. Il giardino delle meraviglie, Gonelli, 2 vol., Florence, 1979.
  • ZANGHERI, Luigi. Storia del giardino e del paesaggio. Il verde nella cultura occidentale, éd. Léo S. Olschki, Florence, 2003.
Illustration de l'épisode 61 par Oscar Larousse
Illustration de l’épisode 61 par Oscar Larousse

Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :

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