Super Joute Modernistes #3 – Les rois du XVIIème siècle (partie 1)
Qui est (selon nous) le meilleur roi du début du XVIIème siècle entre Henri IV et Louis XIII ?

Classer les rois de France siècle par siècle, du plus utile au plus boulet, en toute mauvaise foi mais avec des arguments historiographiques, c’est que ce nous faisons dans Super Joute Royale. Après avoir classé les rois du Moyen Âge sur Passion Médiévistes, depuis deux épisodes nous parlons de ceux de l’époque moderne sur le podcast Passion Modernistes. Dans cet épisode 3, enregistrée à Blois à l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2025, notre mission est de déterminer qui fut le meilleur (ou pire) roi entre Henri IV et Louis XIII !
Autour de la productrice de ce podcast Fanny Cohen Moreau, vous entendrez :
- Albert Leparc, bibliothécaire au musée d’archéologie nationale à Saint Germain en Laye
- Laura Edme, archéologue protohistorienne de formation et est aujourd’hui médiatrice culturelle, passionnée par le XVIIème siècle et le genre littéraire et cinématographique du cape et d’épée.
- Romain BENOIT-LÉVY, jeune docteur agrégé d’histoire, thèse “L’honneur et l’intérêt. Le Tribunal des maréchaux de France, une justice pour nobles et militaires (XVIIe-XVIIIe siècles)”, sous la direction de Philippe Hamon (Rennes 2 – Tempora) et d’Hervé Drévillon (Paris 1 Panthéon-Sorbonne – IHMC).
Ci-dessous un aperçu / résumé de l’épisode, et retrouvez le classement total des rois sur cette page spéciale du site !
Henri IV, le chouchou du public

Né le 13 décembre 1553 à Pau, Henri de Navarre était le fils Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, reine de Navarre. Il vit à la cour de France à partir de 1561 car son père l’y emmène, et il devient roi de Navarre en 1572. Il entre dans l’histoire des rois de France en épousant Marguerite de Valois le 18 août 1572 lors de la funeste célèbre Saint Barthélémy (que nous avons raconté au précédent épisode). Mais leur mariage sera finalement annulé en 1599, et il épouse le 17 décembre 1600 Marie de Médicis (surtout pour sa grosse dot).
Il accède finalement au trône en le 2 août 1589 … mais ne sera couronné qu’en 1594 ! Ses propagandistes en ont fait un “Hercule Gaulois” dès le début de son règne, en le présentant comme un enfant formé sur le champs de bataille et un roi à l’endurance exceptionnelle. Mais c’était d’abord un négociateur, car même s’il a maté quelques révoltes et sièges par la force plutôt qu’en discutant, il s’appuie beaucoup sur ses ambassadeurs ainsi que sur les ambassadeurs de son prédécesseur ou même des prélats catholiques pour maintenir des pourparlers en permanence. C’est comme ça qu’il peut négocier par moins de 70 édits de réconciliation avec les ligueurs.
Moment important du règne d’Henri IV, l’édit de Nantes en 1598. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il est difficile de donner beaucoup de points pour ça ! D’abord parce que l’édit n’a rien de très original, il reprend pas mal de points d’édits de tolérance de ses prédécesseurs. Ensuite, on ne peut pas vraiment vraiment parler d’édit de tolérance, car il fait de la religion catholique la religion officielle de la France et relègue le culte protestant à certaines villes (clauses secrètes : places fortes protestantes maintenues, et ça va poser problème à Louis XIII). Au final, l’édit contient peu de gardes-fou ce qui va d’ailleurs faciliter sa révocation sous Louis XIV. Cependant il garantit la liberté de conscience et surtout, accorde les mêmes droits civiques aux catholiques et aux protestants : le vrai but de l’édit est de séparer le civil et le religieux et de faire en sorte que les parlements enregistrent l’édit, que tout le monde obéisse au roi garant du maintien de l’ordre et du bien public français (ni un hérétique, ni un agent de l’intransigeance espagnole catholique).

Côté vie privée, nous vous racontons dans l’épisode les frasques d’Henri IV avec ses différentes maîtresses, ses bâtards, et les détails de son hygiène douteuse (en vous citant des sources de l’époque) ! Il a aussi plutôt une image de bon papa : il a fait élever ensemble ses enfants légitimes et naturels (enfin pas tout non plus mais bon), et s’occupait personnellement du futur Louis XIII (enfin plutôt, il le corrigeait lui même, et assez sévèrement paraît-il…). On évoque le fameux tableaux de Ingres où l’ambassadeur d’Espagne le trouve à quatre pattes jouant avec ses enfants.
Henri IV est aussi célèbre pour sa mort le 14 mai 1610, assassiné par Ravaillac. Sa mort va toutefois le faire passer pour un martyr de la stabilité et du pardon : on oublie sa dureté et son hygiène douteuse et on retient de lui ses bons mots et ses maximes, qui seront répétées par les écoliers du XIXème siècle aux années 1960.
Louis XIII, « personne ne l’aime »
Né le 27 septembre 1601, le futur Louis XIII est le fils Henri IV et Marie de Médicis. Son début de règne est marqué par la régence de sa mère jusqu’en 1614, car il a seulement 8 ans au moment de la mort de son père en 1610.

Nous vous racontons dans l’épisode sa nuit de noce traumatisante suite à son mariage le 21 novembre 1615 avec Anne d’Autriche, infante d’Espagne. Malgré une réputation de faible caractère, on retient tout de même du règne de Louis XIII de très beaux coups politiques. Tout d’abord, l’exécution de Concini, la « crise d’ado royale ». Même si elle fait proclamer sa majorité à ses 13 ans (en 1614), Marie de Médicis écarte Louis XIII du Conseil, et le gouvernement réside surtout entre les mains de Concino Concini, favori de la reine mère et époux de sa confidente. Mais le 24 avril 1617, le roi prend une décision radicale pour s’imposer et fait exécuter Concini et son épouse Leonora Galigai. Dans le même mouvement il exile aussi sa mère à Blois. Mais en 1619, la reine mère s’échappe du château de Blois et lève une armée contre son fils. D’où une situation assez complexe vers fin 1620 avec un vrai conflit militaire opposant le camp de la mère et du fils.
Autre moment important, la journée des Dupes, qui se tient les 10 et 11 novembre 1630. Suite à une grosse dispute (encore) entre la reine-mère et son fils dans le palais du Luxembourg, la première souhaite qu’il se débarrasse de Richelieu. Ce dernier intervient et cherche à obtenir le soutien de la reine mais échoue. Le roi part, laissant penser qu’il enlève sa faveur à son principal ministre. La reine et ses proches fêtent donc leur victoire politique mais sont surpris quand Louis XIII convoque Richelieu et lui affirme son soutien ! Tous les opposants sont ainsi clairement démasqués et la reine-mère obligée de partir, excellent move du roi clairement !

En 1635, la France fait son entrée officielle dans la guerre de Trente Ans, un conflit commencé dans le Saint-Empire en 1618 par plusieurs révoltes contre l’empereur catholique entre autres. La guerre ruine le pays dans son ensemble, les dépenses de l’État explosent ! On constate donc un tour de vis fiscal dans les années 1632 à 1641. Par exemple, le montant de la gabelle double (impôt sur le sel), le brevet de la taille triple (de 8 à 32 millions de livres!), nouveaux impôts, etc. Des révoltes explosent, avec les croquants dans le Sud-Ouest (1624 dans le Quercy ; 1635-1637 Périgord ; 1638-1642 reprise ; 1643 Rouergue), Nu-pieds en Normandie (1639)… La politique du roi et de Richelieu va s’armer d’exécutions, de procès et de répression des révoltes nobiliaires, alimentant la légende noire de cette époque. Ajoutez à cela dans les années 1630 des problèmes de climat et plusieurs épisodes pesteux, la fin du règne de Louis XIII est plutôt chargée. Le roi finit par mourir le 14 mai 1643, au bout de 33 ans de règne tout pile.
Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :
- BELY Lucien, La France au XVIIe siècle, PUF, 2009
- BERCE Y-M, La naissance dramatique de l’absolutisme, Points Histoire 1992
- R. Descimon et C. Jouhaud, La France du premier XVIIe siècle, Belin, Sup, 1996
- Jean-Christian Petitfils, Louis XIII, Tempus (2 tomes) 2024
- Simone Bertière, Louis XIII et Richelieu, Le livre de poche, 2021