Passion Modernistes

Hors-série 2 – L’Empire des Sens au Musée Cognacq-Jay

Hors-série 2 - L'Empire des Sens au Musée Cognacq-Jay
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Explorez l’érotisme au XVIIIème siècle avec le musée Cognacq-Jay et son exposition l’Empire des sens.

Dans ce nouveau hors-série du podcast Passion Modernistes, nous sommes dans le quartier du Marais à Paris, à deux pas de l’hôtel de ville et de la place des Vosges. Inauguré en 1929, le musée Cognacq-Jay conserve la collection léguée à la Ville de Paris par Ernest Cognacq (1839-1928), fondateur des Grands magasins de la Samaritaine. Comme nombre d’amateurs de son époque, Ernest Cognacq vouait une grande admiration à l’art du XVIIIe siècle. Le musée, inauguré après sa mort, reçut son nom ainsi que celui de sa femme, Marie-Louise Jay. D’abord installé dans un bâtiment contigu à la Samaritaine de luxe, il fut transféré en 1990 dans l’hôtel Donon, une maison de ville construite à la fin du XVIème siècle par Mederic de Donon, un contrôleur général des bâtiments du roi.

A partir du 19 mai 2021, le musée Cognacq-Jay propose l’exposition temporaire « L’Empire des sens », centrée autour de la figure de François Boucher. Connu pour proposer des peintures assez lascives et audacieuses, ce peintre a un rôle pionnier dans la thématique de l’érotisme au XVIIIème, et dialogue avec les artistes qui l’ont inspiré comme Antoine Watteau, ses élèves comme Jean-Honoré Fragonard, mais aussi ses ennemis comme Jean-Baptiste Greuze.

Dans cet épisode nous vous proposons un aperçu de cette exposition à travers une sélection d’œuvres et de l’évocation des principaux thèmes, en suivant l’évolution du désir et avec le travail de plusieurs artistes.

Des représentations osées et des modèles dénudés

Nous commençons avec des premières salles avec la représentation du désir. Les peintres sont très influencés par la mythologie, qui permettent aux peintres de traiter des sujets très audacieux et osés mais avec une distance, le filtre de l’amour de l’amour des dieux. C’est notamment l’exemple du Jugement de Paris par le peintre Watteau (dont nous avons déjà parlé dans un épisode précédent).

Au XVIIIème siècle, ce genre de tableaux, même s’ils sont réservés à un usage privé, font assez scandale, notamment à cause des modèles : une femme qui pose nue pour un homme forcément ça fait parler, d’où le fantasme de l’atelier d’artiste et les stratagèmes que doivent mettre en plein certains peintres avec leurs modèles.

Dans cette exposition un tableau qui dénote clairement, Le Cas de Conscience de Gabriel-Jacques de Saint Aubin, une rare représentation d’un homme nu regardé en secret par une femme. Saint Aubin illustre dans ce tableau un conte grivois peu connu de La Fontaine, posant ainsi la question du désir par le regard, avec une mise en abîme du regard du spectateur.

Dans la troisième salle est représentée l’une des oeuvres phares de Boucher dans cette exposition, dont la réception de l’époque nous est notamment connue par Diderot qui l’a vivement critiqué : L’Odalisque brune. Datée de 1745, une jeune femme est représentée « jambes deça jambes dela« , avec des références au fantasme de l’Orient sulfureux et aux harems.

  • Antoine Watteau, Le Jugement de Pâris, vers 1718-1721, Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)
    Antoine Watteau, Le Jugement de Pâris, vers 1718-1721, Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)

Le plaisir des sens et des corps

Après avoir vu beaucoup d’œuvres consacrées au désir (et après une montée d’escaliers), nous entrons dans une section de l’exposition où les corps se touchent, le désir est assouvi. On y retrouve aussi la mythologie qui permet de justifier la représentation de telles scènes. Dans le tableau « Hercule et Omphale » de François Boucher, on y voit notamment un baiser à pleine bouche rehaussé par des gestes, une représentation finalement assez rare dans les tableaux de l’époque.

Mais on voit aussi des tableaux avec des scènes ambiguës, comme L’épouse indiscrète de Baudoin, le désir d’un homme est subi par une jeune domestique dans une alcôve sur un lit et vu par la femme. Fragonard s’inspirera de ce tableau pour son chef d’oeuvre La résistance inutile, une sorte de gros plan avec une composition très resserrée, mais de façon plus positive, avec un couple qui se débat mais avec complicité.  L’exposition retranscrit par sa mise en scène les échanges de thématiques entre les artistes, et les visiteurs pourront s’amuser à retracer les liens entre les œuvres.

D’ailleurs dans l’avant-dernière section de l’exposition, la violence du désir et ses conséquences sont représentés, notamment avec le tableau La Cruche Cassée de Jean-Baptiste Greuze, l’esquisse préparatoire qui provient du Musée du Louvre.  L’ensemble de la palette est plus froide que dans les précédents tableaux de l’exposition, accentuant l’ambiance triste de l’oeuvre, et le détail de la cruche cassé représente la perte de la virginité.

Et dans la dernière salle, plutôt réservée aux adultes, presque cachée derrière un rideau au sein de l’exposition permanente, un cabinet de curiosité érotique qui présente des objets pornographiques clandestins. Une soixante de pièces comme des illustrations, des tabatières, et même des petites boîtes secrètes.

Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :

  • Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour de Jean-Philippe Rameau

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Ce très beau générique a été réalisé par Julien Baldacchino (des podcasts Stockholm Sardou, Radio Michel, Bulle d’art…) et par Clément Nouguier (du podcast Au Sommaire Ce Soir).