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Épisode 34 – Charlène et Chrétien de Troyes

Que sait-on sur Chrétien de Troyes, poète à la cour de Marie de Champagne ?

Illustration de l'épisode 34 imaginée par par l'artiste Din
Illustration de l’épisode 34 imaginée par par l’artiste Din

Nous vous proposons un petit voyage au XIIème siècle, à la cour de Marie de Champagne, comtesse de Flandres et de Hainault, fille du roi Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine. Cette femme a régné seule à trois reprises en tant que régente tout en développant autour d’elle une cour littéraire brillante. Et parmi les artistes qui évoluent dans cette cour, l’un d’eux est passé à la postérité et est parvenu jusqu’à nous : Chrétien de Troyes.

En 2018 Charlène Soret a terminé un master “Mondes médiévaux histoire, archéologie, littératures des mondes chrétiens et musulmans médiévaux” (respirer) à l’université Lumière Lyon 2. Elle y a présenté un mémoire sur “Les représentations nocturnes et la fonction de la femme dans l’œuvre de Chrétien de Troyes”, sous la direction de Romaine Wolf-Bonvin.

Depuis le XIXème siècle beaucoup d’universitaires ont écrit sur Chrétien de Troyes, mais à cause d’un vide documentaire on ne sait que très peu de choses sur cet auteur. Par exemple on ne sait pas d’où il vient, il n’est même pas sûr qu’il vient de Troyes. Dans cet épisode nous vous proposons une analyse de l’oeuvre de Chrétien de Troyes à partir des séquences de nuit et de la place des femmes dans ces ouvrages.

Pour vous y retrouver voici un résumé de la bibliographie de Chrétien de Troyes :
  • Erec et Enide
  • Cligès
  • Lancelot ou le Chevalier de la charrette
  • Yvain ou le chevalier au lion
  • Perceval ou le conte du Graal
Dans cet épisode vous avez pu entendre les extraits des œuvres suivantes :

 

Merci beaucoup à Din pour l’illustration de cet épisode, financée grâce aux dons des auditeurs et auditrices sur le Tipeee du podcast !

 

Transcription de l’épisode 34

Fanny: Aujourd’hui, dans cet épisode, je propose un petit voyage au douzième siècle, à la cour de Marie de Champagne, comtesse de Flandre et de  Hainaut. Cette femme a régné seule à trois reprises en tant que régente, tout en développant autour d’elle une cour littéraire brillante. Et parmi les artistes qui évoluent dans cette cour, l’un d’eux est passé à la postérité et est parvenu jusqu’à nous: Chrétien de Troyes. Bonjour, Charlène Soret.

Charlène : Bonjour Fanny

Fanny : En 2018 tu as terminé un Master «  Monde Médiévaux : Histoire, archéologie, littérature des mondes chrétiens et musulmans médiévaux » à l’université Lumière Lyon II et tu as présenté un mémoire sur les représentations nocturnes et les fonctions de la femme dans l’oeuvre de Chrétien de Troyes, sous la  direction de Romaine Wolf-Bonvin. Donc Charlène tu  me semble la personne toute indiquée pour nous parler de cet auteur et de son oeuvre. Déjà pour commencer, Charlène,  pourquoi tu t’es intéressée à Chrétien de Troyes ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ton mémoire à son sujet?

Charlène : Depuis toute petite, je suis passionnée par les romans arthuriens, par le roi Arthur, Lancelot du lac.  Avec ma petite sœur, on jouait beaucoup à la cour du roi  Arthur, on était  des chevaliers. Et quand je suis arrivée en prépa, j’ai vraiment découvert la littérature médiévale dans le texte puisque j’avais un cours sur « Érec et Énide » de Chrétien de Troyes. Et j’avais été vraiment interpellée parce que mon professeur avait une lecture exclusivement masculine du roman. Il oubliait, en fait, l’autre partie qui est Énide, qui est quand même une femme. C’était en fait le roman d’Érec qui est un chevalier. Après la prépa, je suis allée à l’université Lyon II Lumière où j’ai fait une licence d’histoire, et j’avais un cours de littérature médiévale en option avec, celle qui est devenue ma tutrice de recherche : Romaine Wolf-Bonvin et qui, elle aussi,  nous faisait un cours sur le roman de Chrétien de Troyes, mais toujours avec le point de vue masculin. Et elle avait ajouté une dimension de jour. Elle ne nous montrait vraiment que des épisodes de jour.

Fanny : Qui se déroulent la journée, c’est ça ?

Charlène : C’est ça ! Et où les chevaliers étaient à l’apothéose de leurs forces. Gauvain est très fort, par exemple vers quinze heures de l’après-midi, lorsqu’il fait très chaud et que le soleil est très haut dans le ciel. Et je me suis dit « Mais ces romans dedans, il y a toujours des dames, il y a  la reine Guenièvre, toutes celles qui sont passées à la postérité. On n’en parle jamais, en tout cas en cours, on n’en parle jamais. C’est  étrange. Je pense qu’il faut que j’aille voir ! ». Je suis allé taper tout simplement sur Google : Chrétien de Troyes.

Fanny : On commence comme ça !

Charlène : Alors là, j’ai vu qu’il y avait des recherches qui sortaient tous les ans, que c’est un poncif Chrétien de Troyes en médiévale. Travailler sur Chrétien de Troyes, c’est  un grand classique. Et en fait, quand on parlait des femmes, c’était uniquement par l’angle de la sexualité ou de l’amour courtois. Mais c’était toujours un faire-valoir de l’homme, on n’en parlait pas. Je me suis : «  Il y a peut-être un créneau ». Et en même temps, je me suis dit : « On parle toujours de la puissance chevaleresque pendant des moments de journée, mais jamais de nuit. Est- ce qu’il se passe quelque chose la nuit ? »

Fanny : Alors qu’il y a des épisodes, on va le voir qui se passent beaucoup la nuit dans Chrétien de Troyes.

Charlène : Et du coup, je suis allé voir Romaine Wolf-Bonvin en début de Master. Je lui ai dit : « J’aimerais bien travailler sur Chrétien de Troyes. Je sais que c’est fait et refait et refait mais j’ai peut-être une idée. ». Je lui ai présenté cette idée qui est, il se passe peut-être quelque chose la nuit . Je voudrais voir et aussi par un angle féminin. Elle m’a dit « Allez-y ! ».

Fanny : Qui était alors Chrétien de Troyes ?  Comment il s’est retrouvé à la cour de Marie de Champagne ?

Charlène : Alors ce qui est bien avec Chrétien de Troyes, c’est que depuis cent cinquante ans, on écrit dessus mais on ne sait pas qui c’est.

Fanny : Comment ça ?

Charlène : Cela fait  cent cinquante ans qu’on fait des recherches sur Chrétien de Troyes. En gros depuis le dix-neuvième siècle avec  le retour de la mode autour de la chevalerie, de Lancelot, avec le pré-raphaélisme il y a eu beaucoup d’universitaires qui ont travaillé sur la médiévale, notamment à la Sorbonne à Paris. Ça a eu un gros effet de mode et on s’est dit « Chrétien de Troyes !!! ». Depuis, ça n’a pas cessé, ça a été un effet de mode constant. Mais comme ça se passe au douzième siècle et que Chrétien de Troyes, c’est juste une signature, on ne sait pas qui est Chrétien de Troyes, d’où il vient.

Il y a des postulats, par exemple, comme il fait une dédicace à Marie de Champagne et qu’on a des traces dans les relevés de comptes de Marie de Champagne, de livres commandés à quelqu’un qui s’appellerait Chrétien de Troyes , on postule que Chrétien de Troyes  était, en tout cas, au service de Marie de Champagne à ce moment-là. Mais on ne sait pas qui il est, d’où il vient. Et la seule chose qu’on peut postuler de plus ou moins sûre, c’est qu’il était probablement clerc parce qu’il sait écrire et qu’il a des connaissances liturgiques très avancées.

Fanny : Donc même à Troyes on n’a aucune trace de ce Chrétien ?

Charlène : Non.

Fanny : Ah oui ? Mais je ne pensais pas que c’était aussi…

Charlène : C’est un illustre inconnu, oui.

Fanny : Qu’est ce qui fait que cet auteur soit passé autant la postérité? Qu’est-ce qu’il a eu de particulier par rapport aux autres?

Charlène : Alors Chrétien de Troyes est passé à la postérité, je pense pour deux raisons. La première raison c’est que, il y a eu énormément de suites, moins de cinquante ans après l’écriture de ce roman, qui ont été commandées dans toutes les cours d’Europe.

Par exemple en Allemagne, en Bavière on a énormément de suites ou  de réécritures d’Érec et Énide ou de transposition de ces œuvres. Donc c’est une tradition qui s’est installée. Et on va dire qu’il avait pris aussi le bon filon. Il s’inscrit dans un bon filon d’histoire arthurienne. La matière de Bretagne, c’est quelque chose qui permet aux rois et aux grands princes et grandes princesses de son temps, de s’inscrire dans un héritage, on va dire  illustre, légendaire. Comme au temps des Romains, on faisait ça, on s’installait dans le sillage des Troyens ou d’Enée. Donc je pense qu’il y a eu ça, qui a porté la postérité parce que c’était  une bonne matière pour faire politique. On s’en servait, donc on commandait sur ce modèle-là.

Mais après? Mon idée, c’est que s’il est passé aussi à la postérité, c’est parce que, il est très original, Chrétien de Troyes. Déjà, il a créé un ensemble de cinq romans qui sont, Érec et ÉnideCligès, Le chevalier à la charrette qu’on appelle le “Lancelot”, Le chevalier au lion qui est Yvain et Le conte du Graal qui est le roman de Perceval. Et dans ces cinq romans, on retrouve en fait, un univers vraiment bien posé c’est-à-dire qu’à chaque fois, on a un personnage principal, un chevalier puis une dame et derrière on retrouve toujours le même paysage, la même cour, les mêmes personnages secondaires.

Fanny : Comme si c’était  dans le même espace spatio-temporel.

Charlène : C’est ça ! C’est comme une série en fait, c’est comme si, on avait une grande série et qu’à chaque fois on avait une vision, un angle narratif différent pour chaque saison.

Fanny : À quand l’adaptation Netflix des romans de Chrétien de Troyes ?

Charlène : Moi, j’’adorai. Je serais la première à la mettre dans ma liste.

[Extrait musical]

Fanny : Même si on ne sait pas grand-chose sur  ce Chrétien de Troyes, tu peux nous dire un peu des choses sur le contexte de l’époque, le douzième siècle  à la cour de Marie de Champagne.

Charlène : Mais c’est d’ailleurs par cet angle-là que je suis rentrée pour essayer de contextualiser l’oeuvre de Chrétien. Je me suis dit: « Bon, on ne sait pas qui c’est. Je n’ai pas envie de raconter des ouï-dire » . Donc je me suis dit : « Je vais m’intéresser à ceux dont on connaît vraiment la vie ». Et, à l’époque du douzième siècle et tout au long du Moyen Âge c’est l’aristocratie. Et Marie de Champagne a  cette particularité d’être fille de roi et soeur de roi, donc de faire partie de l’élite de l’élite, et en plus d’occuper un territoire qui est vraiment central en Europe à cette époque et qui a un rayonnement politique jusqu’à Jérusalem.

Fanny : Donc la Flandre.

Charlène : Et la Champagne en elle-même, le comté de Champagne était extrêmement puissant. Donc ce contexte de la Champagne au douzième siècle, c’est un comté qui a été créé récemment. Quand elle naît, Marie de Champagne, elle est née en 1145. Elle est née du mariage d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII. Ses parents vont divorcer suite au concile de Beaugency. Et l’année d’après en 1153, son père la marie au jeune comte de Champagne qui est Henri le libéral, qui est en fait le premier comte de Champagne à proprement parler. Et, avant de régner vraiment, d’être mariée, elle est fiancée. Elle va vivre et être éduquée à la cour de Champagne, donc c’est quelqu’un en fait qui va connaître la vie du comté. Elle est plus finalement, princesse de Champagne que princesse de France. Elle connaît très bien son comté, les nobles et les seigneurs ainsi que la chevalerie mise en place dans son comté.

Et donc en 1164, elle se marie, elle arrive vraiment en tant que comtesse de Champagne sur le trône de Champagne. Et là, elle va assister son  époux,  Henri le libéral pour les décisions politiques. Elle a son propre sceau et elle co-signe chacun des actes politiques d’Henri le libéral. Et ça, c’est une particularité de la Champagne au douzième siècle, sur laquelle Théodore Evergates, qui est un historien américain, qui a travaillé très récemment sur le comté de Champagne et notamment la gérance politique par les femmes, a mis en lumière, à travers sa monographie, que beaucoup d’épouses de seigneurs champenois, avaient leur propre sceau et venaient co-signer au même titre que leur mari, les actes de vente ou de mariage, etc…

Fanny : D’ailleurs je dis aux auditeurs que si le sujet des sceaux de princesses et des femmes qui gouvernent vous intéresse, l’épisode 4 de notre  podcast y est consacré. On avait fait avec Lucie un épisode vraiment consacré à ça.

Charlène : Donc, Marie de Champagne évolue à la tête d’un comté et qui est déjà habitué au pouvoir féminin et à partager en tout cas le pouvoir entre l’homme et la femme et où, tout n’est pas régi que par l’homme. Et dans le cadre du mariage on se consulte et on a voix égale au chapitre. Et comme elle va régner seule à trois reprises en tant que régente…

Fanny : Parce que son mari est parti en croisade, c’est ça ?

Charlène : Voilà ! Son mari part une première fois en croisade, il revient, il meurt parce qu’il a attrapé je ne sais quel virus , c’est pas très clair !

Fanny : C’est fragile ces petites bêtes-là.

Charlène : Ses deux autres fils vont partir. Il y en a un qui va partir également, qui va devenir roi de Jérusalem. Donc elle place bien aussi ses enfants dans le cas des mariages qu’elle leur fait contracter. C’est elle qui s’en occupe, elle ne permet même pas à ses barons d’avoir leur mot à dire. C’est donc elle qui gère vraiment, même la postérité de sa famille et de la lignée. Et Marie de Champagne,  elle va régner seule et donc elle va avoir cette  espèce de créativité pour une cour à la fois littéraire où va se développer la fine amor, comme l’a fait sa mère Aliénor d’Aquitaine en Aquitaine et, où elle va se faire également rencontrer la féodalité qui est le système social en place en Champagne.

Fanny : Et le côté artistique ? On sait quoi sur cette cour?

Charlène : Alors, le côté artistique, c’est que Marie de Champagne, on le sait à travers ses  relevés de comptes parce qu’elle fait des commandes, qu’il y a beaucoup de dédicaces qui sont faites de la part des auteurs, comme Chrétien dans  Le roman de la charrette,  il lui dédie la matière. Il lui dit : «  Je vous dois ce livre, c’est vous qui me l’avez inspiré. Vous l’avez commandé vous-même ». Donc ça, après, on y prête foi ou pas. Mais, dans mon cas, j’y ai prêté foi, comme beaucoup d’historiens littéraires avant moi. Et on remarque qu’elle va se servir des arts, notamment de la littérature pour mettre en place et asseoir son pouvoir et construire un personnage féminin fort.

Fanny : C’est vraiment intéressant. Alors revenons à Chrétien de Troyes. Sur quelles œuvres de Chrétien de Troyes, tu as travaillé ? Tu as commencé à me dire qu’il y a cinq romans, tu as travaillé sur les cinq, c’est ça?

Charlène : Au début, j’ai travaillé sur les cinq romans, parce que j’ai voulu dégager ce que j’ai appelé le corpus nocturne c’est-à-dire tous les épisodes qui se passent de nuit dans les romans arthuriens de Chrétien de Troyes  parce qu’il a écrit d’autres livres, en tout cas qu’on lui attribue. Et dans ces romans-là, dans ces cinq romans, j’ai décidé, pour des raisons tout simplement de temps, de m’intéresser plus particulièrement à la structure de trois romans sur cinq qui sont : Érec et ÉnideLe chevalier à la charrette et Le chevalier au lion parce que  là, on avait vraiment mis en avant un couple homme/ femme, jour/nuit dans la structure  narrative qui était vraiment fortement mis en place. Et dans « Cligès » et dans « Le conte du Graal », je m’en suis servi pour appuyer les arguments que je mettais en avant. Mais, il faudrait faire encore deux autres mémoires pour vraiment, enrichir ça et travailler les cinq romans à fond parce que deux ans, c’est très court.

Fanny : Et qu’est-ce que tu as montré sur ces épisodes nocturnes dans Chrétien de Troyes ?

Charlène : Alors, à ma première lecture, j’ai remarqué déjà qu’il y  avait une tendance autour du chiffre sept. C’est-à-dire que dans les cinq romans on arrive à retrouver sept passages nocturnes par roman. La numérologie au Moyen Âge, surtout la numérologie en lien avec la liturgie, avec la religion chrétienne, c’est très important, surtout pour un auteur qui écrit sur de la chevalerie. On pourrait penser que c’est un roman païen alors que c’est un roman qui s’appuie sur la théologie et la liturgie avec les fêtes religieuses qui vont  scander le calendrier narratif. Et le chiffre sept a une portée symbolique très forte depuis Macrobe.

Fanny : Depuis quoi? C’est quoi Macrobe ?

Charlène : Macrobe,  c’est un auteur sur lequel je me suis appuyé dans mes sources. C’est un auteur de l’Antiquité tardive qui a écrit « le songe de Scipion » et qui, explique autour du chiffre sept la symbolique des chiffres qui va être reprise ensuite par l’église. Parce que  dans l’Eglise Chrétienne, on a la genèse avec la construction du monde en sept jours, les sept péchés, les sept vertus et les sept sacrements.

Fanny : Donc Chrétien de Troyes  reprend cette symbolique dans ses romans ?

Charlène : Voilà ! Il la reprend, puis je pense en plus qu’il est infusé de cette pensée. Au douzième siècle, les cisterciens se développent sous Bernard de Clairvaux.

Fanny : C’est un ordre religieux, c’est  ça ?

Charlène : C’est ça ! Les cisterciens, c’est un ordre religieux qui va venir concurrencer Cluny. On les appelle les moins blancs. Et un des grands cistercien qui a notamment prêché la croisade, c’est Bernard de Clairvaux qui d’ailleurs est contemporain de Marie de Champagne. En fait les cisterciens sont pour un retour vraiment aux textes de la Bible. Un retour aux origines pour une réforme de l’église pour enlever tous les artifices qui aurait pu être mis autour depuis le commencement de l’église chrétienne.

Fanny :   Donc Chrétien de Troyes est inspiré et influencé par cette pensée-là.

Charlène : Voilà, c’est un produit de son époque Chrétien de Troyes. Si jamais il a été clerc, puisque c’est ce que je postule, en tout cas, quelqu’un qui a eu une formation religieuse sans être tonsuré.

Fanny : Sans être moine…

Charlène : Voilà, sans finir moine. Il a forcément eu une éducation religieuse forte et donc il a baigné dans cette culture avec vraiment un retour aux règles de base.

Fanny : Donc le chiffre sept, dans son œuvre, par rapport à la nuit qu’est-ce que ça pourrait signifier ?

Charlène : Ça symbolise déjà une unité parce que c’est une tendance qu’on va retrouver  dans les cinq romans. Et c’est l’union du pair, le chiffre 4 et de l’impair, le chiffre 3 qui symbolisent également l’homme et la femme. Et vu que Chrétien de Troyes va se servir des épisodes nocturnes pour mettre en avant les personnages féminins et à chaque fois, on a sept jours aussi. On a sept épisodes de jour et sept épisodes de nuit,  ça permet de créer vraiment un miroir et d’avoir une unité vraiment très solide dans on a la structure du roman. Alors que quand on le lit comme ça, juste à première vue, on pourrait penser que ça fourmille d’épisodes, d’anecdotes, d’aventures, que c’est très touffu. Sauf que c’est très cadré. C’est presque mathématique. Il a une écriture très équilibrée. Donc il y a sept nuits et sept épisodes de jour, je pense que ça lui permet de faire un écho entre  les femmes, les hommes et de mettre en place une symétrie.

[Extrait Le nom de la rose]

Fanny :   Et donc dans ton  mémoire, tu as  vraiment analysé, en lien les épisodes de nuit et la représentation de la femme. Qu’est-ce que tu as analysé du coup là-dessus?

Charlène : Alors quand j’ai commencé à chercher des épisodes nocturnes chez Chrétien de Troyes, moi je m’attendais à voir plutôt des chevaliers. Alors puisqu’on avait des chevaliers du soleil, par exemple dans « Yvain le chevalier au lion », à un moment Chrétien écrit que Gauvain est l’isolaos de la chevalerie, c’est-à-dire qu’il y a vraiment une personnification du soleil avec les chevaliers du roi Arthur.

Fanny : Oui, ça fait païen, c’est sûr !

Charlène : Ça fait païen et en même temps on a le culte du soleil, c’est un culte qui a été remplacé par le culte du Christ au solstice d’hiver. Avant on avait le culte du sol invictus, à Rome et après le concile de Nicée, on va avoir le culte de la Nativité. On garde le même calendrier, les gens ne sont pas perdus. Beaucoup de gens vont  interpréter Chrétien de Troyes comme un auteur païen. Il y a beaucoup de littéraires qui disent que c’est un auteur païen et en fait Chrétien de Troyes, c’est surtout un auteur du douzième, donc nourri certes d’une part de paganisme, de magie, de folklore, mais surtout de toute la théologie chrétienne et cistercienne qu’il y a derrière, surtout en Champagne. Donc l’image de la femme : moi je m’attendais à trouver un chevalier de nuit,  je cherchais un chevalier de la lune ou de la nuit et en lisant je me suis rendue compte que les chevaliers, ils ne font pas grand-chose la  nuit à part dormir.

Fanny : Ce qui est logique !

Charlène : Ce qui est logique ! Mais par contre les femmes ne dorment pas, elles prennent des décisions, elles réfléchissent. Et quand les hommes agissent, ils agissent sous la gouverne d’une femme qui va, par exemple, les inviter à une relation amoureuse. Aussi, ils font un fait d’armes pour délivrer une femme, mais ce n’est jamais d’eux-mêmes. Ce n’est pas une aventure chevaleresque, comme aller tuer un dragon ou aller se battre en duel contre celui qui vous a provoqué, c’est vraiment orienté autour d’un personnage féminin à chaque fois.

Fanny :   Et qui sont les personnages féminins dans Chrétien de Troyes? On connaît Guenièvre mais ce qu’est-ce qu’il y  a d’autre ?

Charlène : Alors Guenièvre, c’est celle sur laquelle j’ai terminé mon mémoire parce que c’est celle qui hiérarchiquement est le plus haut placé dans l’aristocratie de l’univers arthurien.

Fanny :   La reine oui.

Charlène : Et qui pourrait être un miroir d’ailleurs de Marie de Champagne. Mais avant ça, avant de développer ça, je me suis rendu compte qu’il y avait deux autres personnages dans les deux autres romans sur  lesquels j’ai vraiment poussé l’analyse, qui sont Le chevalier au lion et Érec et Énide, déjà Énide fait partie du titre. Énide, c’est  la fille d’un vavasseur, donc d’un tout petit seigneur qui va épouser l’un des plus grands chevaliers d’Arthur qui est Érec.

Fanny : On ne le connaît pas trop lui d’ailleurs?

Charlène : Non, alors que c’est le premier roman de Chrétien de Troyes. Et c’est l’un de ses plus beaux romans, je trouve. Enfin, il y a un très bel équilibre.

Fanny : Toi, tu aimes bien quand c’est équilibré.

Charlène : J’aime bien quand c’est équilibré. Surtout au Moyen Âge, on ne crée pas pour rien. Faire acte de création, d’art, ce n’est pas possible au Moyen Âge. On crée parce qu’on est inspiré par Dieu. Il n’y a pas de notion d’artiste. Ça, ça va venir à la Renaissance. Chrétien, il ne se dit pas auteur, d’ailleurs il s’appelle Chrétien. Il met en roman.

Fanny : Il se définit par la religion avant tout.

Charlène : Voilà ! En tous cas il se met en roman. Et, Érec et Énide c’est vraiment une ode au mariage, l’union du mariage et deux personnages qui avaient une relation d’amour courtois au début,  puisque Érec va courtiser Énide. Une fois qu’ils sont mariés, qu’est-ce qu’il se qui se passe? Il pose un petit peu la question qu’on se demanderait après un conte de fées. La princesse et le prince se sont mariés mais après ils vécurent heureux, qu’est-ce qu’il se passe ?

Fanny :  Est-ce qu’ils ont vraiment beaucoup d’enfants ?

Charlène : En fait, il se trouve qu’ils ont un problème, Érec et Énide. C’est que de cette relation très fusionnelle d’amour courtois très sensuel, très sexuel, il y a un déséquilibre qui se crée parce que cet équilibre-là autour de la sensualité était possible dans une relation hors mariage. C’est la doctrine de l’amour courtois. Mais par contre, dans le cadre d’un mariage chrétien, qui a été fait devant Dieu et où la femme est censée être soumise à l’homme, le fait qu’elle soit encore dans l’attirance et que Érec après le mariage, il ne retourne pas sur champ d’honneur. Il passe son temps dans la chambre à coucher avec Énide même lorsqu’il fait jour, il n’est pas du tout actif la journée, il est à l’horizontale complet.

Fanny : Ah bon ?

Charlène : Du coup ça va créer un problème à la cour d’Érec, parce que les gens vont se mettre à cancaner. Et donc le jeune chevalier qui est censée devenir roi, il ne fait pas grand-chose.

Fanny : Il reste avec sa femme.

Charlène : Or, être chevalier, c’est être à cheval et pas à cheval sur sa femme. Donc ça pose un véritable problème parce qu’il n’est pas là, l’arme au poing, et qui est Érec à ce moment-là ? À partir du moment où il ne remplit plus sa fonction, qui est très sociale et qui reconnue par les autres, qui est-il ? À quoi sert-il ?

Donc là, Érec va entraîner sa femme dans une longue aventure. Elle va bien souffrir la pauvre Énide, parce qu’elle le suit coûte que coûte et  il fait d’elle son page. Ils n’ont plus de relations amoureuses, même affectives durant toutes les nuits qui vont suivre. Et il faut attendre la dernière nuit du roman pour qu’il y ait des retrouvailles amoureuses entre Érec et Énide. Et elle va passer les nuits à veiller son seigneur comme un page veille le chevalier qu’il accompagne en temps d’aventures ou de guerre. Et elle va être là pour le veiller, surveiller qu’il ne manque de rien, le prévenir des dangers et même avoir un rôle stratégique en cas de danger. Donc elle, c’est une figure importante.

L’autre personnage féminin qu’on va retrouver et qui est très fort c’est Laudine dans Le chevalier au lion. Et ce qui est très fort c’est qu’elle est quasiment absente du roman. Elle n’est là qu’une seule nuit, la troisième. Et après tout le reste du roman, Yvain va agir de nuit, Il va rencontrer des femmes de nuit qui vont être des figures de tentation, beaucoup mais jamais Laudine ne va réapparaître de nuit. Mais il agit pour elle puisque, là encore, il se pose un problème autour du mariage. C’est que une fois que Yvain épouse Laudine, il y a un gros souci, c’est que lui par contre a contrario d’Érec, il veut repartir courir les tournois et les joutes avec son copain Gauvain. Donc il abandonne un peu sa femme et les terres qu’il vient d’obtenir. Il choisit d’être chevalier et non pas seigneur alors qu’il vient d’acquérir un titre de seigneur. Laudine va lui donner un anneau qui va être gage de leur lien de leur mariage mais surtout un anneau protecteur qui normalement censé permettre à Yvain de revenir au bout d’un an. Et il doit lui faire la promesse de revenir au bout d’un an et si cette promesse n’est pas tenue, elle le répudie. Concrètement, elle le chasse. Le problème c’est qu’Yvain est  jeune, Yvain est insouciant et Yvain fait beaucoup la fête avec Gauvain.

Fanny : Yvain est un couillon.

Charlène : Et Yvain ne revient pas surtout. Voilà il ne revient pas, il oublie. Au bout d’un an et six semaines il y a une dame de compagnie de Laudine qui arrive dans la tente de joute d’Yvain. Il est en train de  faire la fête avec le roi Arthur et Gauvain. Elle lui dit : «  Yvain, tu as oublié ta femme. C’est très problématique et du coup elle te déteste. » On peut la comprendre.

Fanny : Oui, logique !

Charlène : Il avait fait une promesse, il ne l’a pas tenu. Et donc elle te chasse, et tu n’as plus le droit de revenir. Donc en plus d’avoir perdu ses terres de seigneur, Yvain perd aussi son statut d’homme marié, d’époux.

Fanny : Ça se passait vraiment comme ça ou pas, à l’époque ? Une femme pouvait vraiment répudier son mari ?

Charlène : Non.  Les causes de séparation au Moyen Âge, vu que le mariage est un sacrement fait devant Dieu, c’est très difficile de s’en défaire. Par exemple, Aliénor d’Aquitaine, pour pouvoir divorcer de Louis VII, ils ont dû faire appel à des liens de consanguinité au quatrième –  cinquième degré, donc ils n’étaient pas non plus extrêmement proches en parenté. Mais comme la Bible interdit des liens de mariage et les liens sexuels surtout, avec un partenaire familial, avec quelqu’un de sa famille, c’est souvent le motif le plus récurrent pour pouvoir dissoudre une union.

Fanny : Donc là, dans  Chrétien de Troyes ,c’est un peu romancé, on s’arrange un peu avec la réalité.

Charlène : C’est un arrangement puisque de toute façons, on est dans un univers qui est parallèle à la réalité. C’est pas non plus la réalité, c’est un reflet, un miroir, c’est ce qui pourrait être. Donc ça donne quand même un espace de créativité pour Chrétien lorsqu’il écrit, qui lui permet de mettre en scène des choses, des problématiques qui lui tiennent à coeur, notamment le mariage et qu’est-ce qu’on fait autour de cette institution qui est à la fois une institution sociale mais aussi une institution intime. Comment les êtres humains vivent ensemble et qu’est ce qui les lie vraiment? Parce qu’à chaque fois dans Chrétien de Troyes, c’est que des mariages d’amour. Le seul mariage qui n’est pas d’amour, c’est celui de Guenièvre et d’Arthur qui était un mariage politique. Et d’ailleurs on voit que ce mariage-là va être bafoué puisque Guenièvre va avoir une aventure avec Lancelot et des relations sexuelles avec Lancelot.

[Extrait Kaamelott]

Fanny : On vient d’entendre un extrait de Kaamelott avec notamment la fée Morgane. Toi, qu’est-ce que tu en penses par rapport à ce qu’a écrit Chrétien de Troyes sur elle ? Elle est présente, j’imagine dans  Chrétien de Troyes ?

Charlène :   Alors Morgane, elle est présente à une reprise avérée. C’est dans Le chevalier au lion, lorsque Yvain se fait jeter par Laudine pour ne pas être revenu. Il a des réactions souvent très exagérées. Il devient fou, il arrache ses vêtements, il part tout nu dans la forêt à l’état de bête sauvage. Mais il devient vraiment fou. Il devient bête, une bête au sens animal. Cet homme sauvage va errer dans la forêt pendant encore un certain temps jusqu’à ce qu’il y ait une jeune fille qui découvre Yvain complètement nu endormi de fatigue dans la forêt. Et cette jeune fille, c’est une dame de compagnie d’une femme de seigneur du coin. Elle va aller chercher sa dame et elle va lui dire : « il y a un homme-là qui n’a pas l’air bien dans les bois ». Et là elles vont sortir ce qu’elles appellent un onguent de la Fée Morgue. La fée Morgue c’est la fée Morgane. Elle n’a pas de lien de parenté avec Arthur chez Chrétien de Troyes alors que c’est  présenté comme sa cousine dans Kaamelott. Juste on cite le fait qu’il y a une fée qui s’appelle Morgue, donc Morgane et qu’elle ait fait une pommade, une espèce de d’onguent qu’on va appliquer sur Yvain  pour qu’il se sente mieux et qu’il reprenne un petit peu ses esprits, ce qui va avoir lieu d’ailleurs. Mais, la Morgane de Kaamelott, c’est un personnage très déluré pour un aspect comique. Elle est plus développée dans la source sur laquelle Astier s’appuie pour Kaamelott qui est La morte du roi Arthur qui est un texte de Thomas Mallory qui date du quinzième siècle.

Fanny :  Dont on avait parlé d’ailleurs dans le hors-série sur le livre sur Kaamelott,  je vous invite à l’écouter, c’était le hors-série numéro 5. Parlons un peu de méthode, Charlène. Comment est-ce que tu as travaillé sur l’oeuvre littéraire de Chrétien de Troyes?

Charlène : J’ai fait un choix  un petit peu original, c’est que au début de mon Master I, j’ai pris tous les romans de Chrétien de Troyes et j’ai passé un an entier à juste les lire. Je voulais rentrer dans le texte, comprendre l’ancien français pour pouvoir  le lire en ancien français.

Fanny :  C’est écrit en ancien français ? Au douzième siècle, ça implique…

Charlène :   En ancien picard

Fanny :   Ah on aime bien l’ancien picard ! Moi j’ai étudié ça aussi : avec des K et des W partout et tout ça. C’était pas écrit en latin ?

Charlène :  Non, Chrétien de Troyes il n’écrit pas en latin, il écrit en ancien français.

Fanny : Et donc une fois que tu t’es imprégné bien d’ancien picard…

Charlène : J’ai dégagé le corpus nocturne, donc tous les épisodes qui ont lieu de nuit dans Chrétien de Troyes  pour dégrossir le texte parce qu’à chaque fois c’est quand même des gros romans. Et après j’ai travaillé uniquement sur la linguistique, le mot nuit comment est-ce qu’il revenait, la symbolique, l’ordre, l’organisation, l’équilibre toujours. C’est-à-dire pourquoi la nuit 3, il se passe ça ? Est-ce que dans la troisième nuit de tel autre roman, on retrouve ce schéma narratif ? Donc j’ai vraiment essayé pendant la première année de comprendre mon corpus sans être influencée par quelque autre historien ou littéraire avant. Je voulais vraiment que ça vienne de moi et que ça soit quelque chose très original.

Fanny : Oui, si tu lis la bibliographie de tous les historiens qui ont fait des choses avant toi sur assure Chrétien de Troyes, j’imagine que tu es influencé.

Charlène : Oui et puis surtout, je n’allais  pas m’en sortir parce que je sortais de licence et quand on voit quand on tape « Chrétien de Troyes »  sur Google et qu’on voit la bibliographie depuis 1800 et quelques à nos jours et qu’il y a une cinquantaine d’ouvrages qui sortent chaque année dans le monde, on se dit par où commencer, ça fait peur. Du coup, moi je suis allée à la source et ensuite avec les thématiques que j’ai sorti, j’ai pu choisir ma bibliographie comme ça et aller chercher vraiment les ouvrages que je voulais lire, pour ne pas avoir non plus une bibliographie trop longue et me perdre.

Fanny : Et quelles sont les difficultés que tu as rencontrés pendant ton travail sur les romans de Chrétien de Troyes ?

Charlène : J’ai rencontré trois difficultés principales. Déjà, je suis dyslexique dysorthographique donc écrire un gros essai, quelque chose de long, c’est pas forcément évident. Et surtout découvrir une langue : l’ancien français c’était une première étape pas facile, mais qui a été très enrichissante parce qu’avec la dyslexie, je ne lis pas forcément dans le même sens, l’ordre des mots est parfois changé. Ce qui fait que j’ai vu des passages que j’aurais pas vu en lisant simplement. Donc c’est une difficulté qui était plutôt une force et qui a apporté encore une touche d’originalité, c’était très personnel.

Et après les deux autres difficultés que j’ai rencontrées, c’est dans le travail plus concret et le croisement des sources, c’était le travail des folkloristes. J’ai perdu un temps parce que j’étais parti sur le postulat que Chrétien de Troyes était païen, alors que au fur et à mesure de mes recherches, j’ai vu que c’était plutôt très chrétien. J’ai lu beaucoup de folkloristes et je me suis perdue là-dedans et en ce sens, c’était une difficulté parce que, du coup, après, il m’a manqué un petit peu de temps. À un moment donné, il a fallu rattraper ce temps et s’organiser différemment.

Et la dernière difficulté, c’était avec ma directrice, on n’avait pas forcément la même approche de la recherche sur Chrétien de Troyes. Elle, c’est une littéraire, donc elle est enseignante de lettres médiévales et moi j’ai une formation d’historienne. Donc moi je souhaitais croiser les disciplines pour avoir, pour la première fois, un éclairage historique, sociologique aussi et politique autour de Chrétien de Troyes, et pas seulement littéraire, et donc ça a été compliqué.

Fanny :  Et depuis que tu as fini ton Master et rendu ton mémoire, qu’est-ce que tu fais ?

Charlène : Après mon mémoire, je ne savais pas trop quoi faire. J’avais surtout besoin de respirer parce que passer deux ans c’était lourd, c’est très solitaire comme travail et donc je me suis tournée d’abord vers un service civique où j’ai été pendant cette année  bibliothécaire dans une école élémentaire. J’étais ambassadrice du livre.

Fanny : C’est classe !

Charlène :    C’est un joli titre. J’animais chaque jour des cours autour d’un projet culturel ou ludique que  je  créais et j’ai notamment créé un projet autour du Moyen Âge avec des enfants de CM1.

Fanny : Ah, tu as dû donner une bonne image du Moyen Âge aux enfants ! Je suis fière de toi !

Charlène : Ils ont monté  une exposition dans leur école autour du Moyen Âge et on est rentrés à travers des figures politiques du Moyen Âge. Donc on a vu les Templiers, Philippe le Bel, Philippe Auguste tout ça… Donc j’ai adoré vulgariser  parce que je me servais de mes cours de Master et aussi de mon mémoire parce qu’on a fait toute une période sur les romans arthuriens où j’ai vulgarisé mon mémoire pour des enfants de neuf – dix ans et c’est ce que j’ai adoré. J’ai découvert finalement ma vocation qui est que j’ai envie de travailler dans le culturel mais à destination d’un jeune public et donc là je vais présenter les concours du patrimoine et notamment de la conservation des bibliothèques.

Fanny : D’accord et tu le sens bien ? Tu penses que ça va aller ?

Charlène : J’espère,à force de travail, je pense que j’y arriverai peut-être.

Fanny : Pour finir cet épisode, Charlène, quels conseils tu donnerais à quelqu’un qui voudrait étudier Chrétien de Troyes ?

Charlène : D’être curieux, rigoureux, très très très rigoureux, de ne pas avoir peur  d’avoir une lecture différente et de creuser le plus possible son intuition.

Fanny : Maintenant chers auditeurs et auditrices, vous arrivez un peu plus à identifier qui étaient Chrétien de Troyes , qu’est-ce qu’il a écrit. Et même vous en savez un petit peu plus sur la Champagne au douzième siècle. Merci beaucoup Charlène Soret.

Fanny : Merci beaucoup, Fanny.

Merci beaucoup à Isabelle pour la retranscription !

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